
Analyse symbolique de la scène :
NB : Les [ ] indiquent des éléments complémentaires de l’analyse mais qui n’apparaissent pas dans la scène.
Nicholson (Mc Murffy) est en train de se prélasser. Il échappe ainsi encore et toujours à la discipline instaurée par l’Hôpital Psychiatrique. Ses camarades jouent au Monopoly : jeu symbolisant par excellence notre société capitaliste basée sur le droit de propriété et le confort, la course du « toujours plus », réservée aux « gagnants ». Martini, le petit, installe ses maisons sur les quartiers les plus chics, ce que son ami refuse, expliquant que ce n’est pas dans les règles du Jeu (il n’est pas
assez riche).
Ici, le « vrai fou » (Martini) est donc celui qui ne comprend pas, ne s’adapte pas et ne suit pas les règles sociales, disciplinaires et élitistes ; tandis que son ami symbolise la morale, la loi, le confort. Là est la folie du « second fou », il ne supporte pas d’être « dérangé » dans sa routine bien normée. Il porte d’ailleurs des vêtements à carreaux qui, là aussi, renvoient au « carré » des règles et de notre
société. Tous les autres patients sont en blanc = pureté, innocence, lavage de corps et de cerveau, propreté, fausse sagesse, mais aussi la couleur des anges.
Nicholson interrompt alors le jeu en les arrosant. Il est l’inattendu, le dérangement ; et vient prôner la légèreté, l’amusement, la « folie » (on le nomme « pauvre fou », ce qui est paradoxe ou pléonasme dans un hôpital psy…) et ce, sans but précis si ce n’est pour elle-même (« délirer » un coup, terme familier issu du vocabulaire psychiatrique…) au milieu des occupations bien rangées, bien sérieuses, bien sages, bien normales de l’hôpital.
Ses amis le tiennent d’ailleurs pour enfantin, certains plus que d’autres. Celui qui porte des carreaux est particulièrement outré. Nicholson lui demande s’il est toujours d’accord quant aux horaires : nouvel élément renvoyant à la discipline, à la régulation de la vie en société, auxquelles Mc Murffy oppose une certaine liberté. Le mec à carreaux répond « ca n’a rien à voir » avec bon sens, ce qui laisse sous-entendre qu’au contraire tout est lié dans cette scène et dans les réflexions qui y sont menées.
Nicholson propose ensuite d’aller voir la finale d’un match. De là vient son chagrin des horaires. Cette proposition symbolise la passion, en opposition à l’interdiction de la Loi. Tous tentent de le dissuader disant que c’est impossible, sauf Martini, celui qui ne comprend pas les règles et croit aveuglément en Nicholson. Paradoxalement, les autres fous incarnent ici la morale et, surtout, la voix de la raison.
Miss Rachel l’infirmière évoquée (comme impossibilité de la sortie) symbolise l’autorité implacable, qu’on ne discute pas et qui s’avère même être sans pitié. Suivent quelques blagues salaces contre elle. Contre, en fait, l’Autorité, est l’objet, c’est-à-dire que le sexe est un moyen, peut-être ultime, de transgresser la loi, de s’en moquer, de s’en affranchir. L’humour comme le sexe viennent soulager les frustrations des patients sous le joug de l’autorité.
Mc Murffy insiste, relayant les questions matérielles au second plan (« on verra ») au profit de la volonté et de la passion. Billy, qui bégaie (=peur, manque de confiance), est le personnage apeuré par ces règles, ce qui justifie sa mise à l’écart de la société alors qu’il est jeune. Pour répondre aux questions matérielles, Mc Murffy finit par appeler à soulever le bloc immense qui se situe dans la pièce. Celui-ci était déjà objet d’amusement juste avant (avec l’arrosage) et devient objet de challenge, d’espoir, de transgression. Ce bloc est aussi un symbole du poids des institutions, des habitudes, des règles, bien ancrées dans l’Histoire et dans la société : inébranlables.
Cette fois, tout le monde est prêt à parier : c’est clair , ils sont tous certains de l’échec de Nicholson, qui s’attaque à l’Impossible, à plus fort que lui.
L’Indien ne dit rien, muet, mais est particulièrement touché par l’action. [On saura plus tard qu’il a tout enregistré de la scène : il est spectateur passif, ayant renoncé à intervenir dans l’action par la parole, mais demeurant particulièrement attentif et perspicace.]
Mc Murffy prend les paris, ravi. Croit-il vraiment en ses capacités, est-il trop confiant en lui? Ou sait-il qu’il s’engage dans une lutte perdue d’avance ?
Qu’importe : à l’image de sa volonté passionnelle de liberté (qui doit le guider à faire n’importe quoi pour voir le match) il est enthousiaste, essaie. On lui demande s’il est refroidi mais, au contraire répond-t-il, il s’échauffe. On voit alors qu’il met toute sa force, toute son énergie, pour ne serait-ce que décrocher le bloc de quelques centimètres. Il souffre, sous le regard médusé de ses camarades qui semblent presque maintenant croire au miracle. Malheureusement, en effet, la lutte est courue d’avance : c’est impossible pour un homme de son gabarit. Mais, la démonstration est faite, illustrant finalement la question du match et renvoyant à une problématique plus large de vie. La réplique « au moins j’ai essayé bordel » témoigne de l’importance d’essayer, de se battre, de tout mettre en oeuvre, de se donner les moyens, de faire valoir sa volonté,
et ce, même si c’est impossible, hors norme, et surtout, s’il s’agit de passion, de libertés
(relativement fondamentales). D’autant plus que la routine de l’hôpital n’a rien de très attrayante ni épanouissante pour aucun des patients qui y trouvent au mieux sécurité et confort.
Le « bordel » témoigne de cette rage de vivre, d’essayer, de ne pas se soumettre. Est-ce en cela que le personnage de Nicholson est fou ? Puisqu’il dresse l’éloge de l’essai, de l’échec, mais aussi de la liberté et de la volonté ?
[Pour rappel c’est un délinquant qui feint vraisemblablement la folie pour éviter la prison. Il est qualifié de « dangereux » par le directeur de l’asile. Mais pour qui? Pour quoi ? Pour l’ordre social bien confortable, bien sécurisé ?]
En tout cas, dans cette scène comme dans d’autres, Mc Murffy redonne joie de vivre, animation, espoir et goût pour l’effort aux membres de l’HP qui se confortent dans la routine et les règles, la discipline et le traitement d’exclusion, accepté et même, intériorisé. C’est l’extra-ordinaire qui « percute » les autres patients. Qui est le plus fou ? Celui qui se veut libre ? Celui qui ne rentre pas dans les moules, les règles ? Celui qui ne les comprend pas ? Celui qui y trouve sécurité ? Celui qui en a peur ? Celui qui a renoncé à agir dessus ? Celui qui souhaite s’amuser des choses simples de la vie malgré les règles ? Celui qui instaure des règles inhumaines pour « dociliser » les troupes ? La
folie est-elle vraiment un mal ou n’est-ce pas une attitude nécessaire pour croire, agir, enfreindre les règles, s’amuser, vivre ?
Tant de questions que soulèvent cette scène et le film dans son intégralité, où, finalement l’HP n’est qu’une mise en abîme de notre société entière … Malade.
[Malheureusement les artistes n’ont jamais prétendu donner de réponses, de vérités, mais produire et reproduire des questions et réflexions a priori banales, mais qui sont, surtout, trop souvent occultées.
On pourrait prolonger cette analyse par un simple commentaire du titre…
Le film se finit mal pour Nicholson. Mais, avant cela, il a ramené joie de vivre et goût pour la liberté, pour les petites choses de la vie, aux autres patients.
Miss Rachel, quant à elle, symbolisant pourtant la raison et le pouvoir, bien rangés, réglés, normés, elle aura à culpabiliser toute sa vie de la mort d’un des patients, ce qui lui fait – semble-t-il – ni chaud ni froid. Elle est montrée sans aucun sentiment, aucune compassion par ce visage de marbre ultra rigide qu’elle adopte pendant tout le film. C’est le visage du pouvoir de la société.
Paradoxalement, cette attitude est digne de la définition de la « psychopathie » = une maladie dans lequel le patient est dépourvue de la capacité de ressentir des affects typiquement humains (=sentiments). Elle symbolise le pouvoir social et, peut-être même que son attitude est la condition sine qua non pour cela. Elle punira sévèrement ceux qui échappent à la règle disciplinaire de l’hôpital.]
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