
C’est une série qui se passe dans ce que l’on appellerait communément le Paradis, ou plutôt le « Bon endroit ». Cette série a lieu après notre mort et déjoue les religions. Elle remplace le jugement dernier par un calcul de bons points. C’est déjà en soi une influence culturelle forte, mais on trouve aussi d’autres réflexions culturelles et philosophiques dans la série.
On peut y lire un remake de la citation de Sartre « l’enfer c’est les autres » puisque les personnages se torturent. L’enfer ou le paradis chrétiens sont là aussi désacralisés. La notion de place sociale, affective, socio-culturelle est également soulevée. Les personnages sont très importants, au nombre de cinq : Eléanore, Chiddie, Tahani, Jason et Mickaël. Il y a une peinture très fine de leurs défauts et qualités qui vont être au cœur de l’intrigue. C’est donc une comédie de caractères. La notion de faute est présente et importante : elle coûte cher et doit être réparée. Ce Bon Endroit inclut donc le cercle du Purgatoire. De nombreuses questions morales sont soulevées. D’ailleurs, il y a mise en abime et questionnement méta de celles-ci grâce au personnage de Chiddie, professeur de philosophie morale.
Eléanor devrait se trouver au Mauvais Endroit et va faire appel à celui-ci pour s’améliorer. La torture devient amélioration mutuelle. Le personnage du démon s’avère de très bonne volonté : il ressemble à un bureaucrate, un fonctionnaire. Il est déguisé, froid ou amusant, reçoit les personnages dans son bureau. Il cache un aspect obscur. C’est un démon moderne, bien loin des représentations mythologiques. Il y a une hiérarchie entre les démons : leur rôle est aussi social. Le Bon Endroit est la reconstitution de la société après la mort. La torture peut mener au Bien.
La série interroge la notion de dimension parallèle, de double, ainsi que de coopération et de solidarité. On retrouve l’importance des IA et des questionnements modernes dans des questionnements anciens et philosophiques. Cette série casse les binarités et mélange les registres sans hésitation. Janette est donc un personnage important dans la série : c’est une IA assistante polyvalente, qui transcende les notions de Paradis ou d’Enfer.
Chiddie est un professeur de philosophie noir dans l’indécision permanente. C’est ce qui a causé sa mort. Eléanor est égoïste, centrée sur elle-même. Tahani rivalise de superficialité, d’artificialité. C’est une véritable princesse métisse. Jason représente l’idiot de service. C’est un asiatique. Les personnages vont fonctionner en binôme et se faire mutuellement comprendre des choses, au lieu de se torturer, ils s’améliorent. L’Autre est sartrien mais pas seulement, il est adjuvant.
Eléanor ouvre les yeux sur un message moderne et optimiste : on lui annonce qu’elle est au Bon Endroit. Mickaël annonce à Eléanor que « toutes les religions avaient un peu raison et tort »! On a tout de suite un pied de nez. On cite un personnage qui aurait eu raison à 99% : c’est un anonyme, sa photo est affichée. Eléanor est persuadée d’être une âme pure. Chaque arrivant a une maison adaptée, aménagée à ses goûts, puis est présenté à son âme sœur, retrouvée grâce au système de calcul de l’Univers, en fonction des actions faites du vivant des personnages. Eleanor va s’allier d’amitié avec trois autres humains défunts, que l’on découvre progressivement. Son âme soeur, qui lui est présenté, est Chiddie. Il est contraire et complémentaire à elle pour lui rappeler le devoir, la responsabilité et la réflexion, en opposition à ses défauts. Tahani devient l’amie d’Eléanor alors qu’elle est aussi son opposé féminin. La seconde représente la liberté d’être, la spontanéité alors que Tahani représente le masque, le jeu, le rôle social.
Les épisodes jouent sur notre découverte des personnages et leur appréciation (et donc nos sentiments) et mettent ainsi en place une grande complexité psychologique et morale (derrière une apparente caricature) de l’interaction entre ces quatre personnages-types, typiquement humains modèles de l’ère moderne.
Eléanor est alors rapidement convaincue qu’elle est une intrus, parmi des gens considérés comme des modèles sociaux car, honnêtes et respectables. Elle est mise mal à l’aise, ne se sent pas à sa place, comme de son vivant. Tahani, aux semblants irréprochables, est engagée dans de nombreuses luttes humanitaires, mais elle fait souvent cela pour son image. Jason est une réelle torture pour elle, car il adopte une attitude neutre face à ce rayonnement social. Petit à petit, Eléanor découvre les tares de ses amis : le spectateur aussi. Chiddie lui donne des cours de morale pour qu’elle devienne une bonne personne. Avant cela, Chiddie est dans le dilemme d’accepter puisqu’elle se confie à elle. Ce dilemme est basé sur sa morale.
Elle va aussi bouleverser le scénario en découvrant qu’ils sont, en fait, au Mauvais Endroit et en s’améliorant après la mort. Lorsque Mickaël reboote le scénario en pensant qu’il a mis la poussière sous le tapis, elle découvre la vérité et s’améliore de plus en plus vite. Le flash back et le comique sont évidemment très importants pour l’intrigue comme pour la compréhension des personnages, qui sont liées. Il y a aussi un effet « Truman Show » dans une sorte de huis clos, qu’est ce Bon Endroit.
Les âmes sœurs sont également mobiles, donc remises en question, en tant que liens sociaux. La notion est artificielle dès le départ. Le paroxysme de cet imprévu humain est le mariage de Jason et Janette à la fin de la saison 1. Celui-ci était imprévisible (un humain et l’IA incapable d’amour, l’inconscient total et celle qui sait tout) et perturbe tout le monde. Le chaos est déclenché dans le quartier par une suite d’actions imprévisibles. Le même scénario est rejoué au gré des « versions » où l’oubli des personnages est de mise. Les questions de hasard, de destin et de libre arbitre sont soulevés. Il y a une sorte de destin. La série aborde l’identité, les liens sociaux, le paradis, la hiérarchie, la mort, la vie, la philosophique, les mythes …
A la fin de la série, quand les personnages arrivent au paradis et demandent à voir le Conseil, celui-ci s’en va. On se demande donc qui a créé, généré, ce système ( une machine ? un Dieu quelconque ? Le Conseil ? ) que les personnages vont chercher à contester.
MICHAEL SCHUR
s’intéresse à la comédie dès l’âge de 11 ans, notamment à travers Without Feathers, un recueil de nouvelle de Woody Allen. Il peint de nombreux personnages comiques et optimistes dans ses sitcoms. Il a étudié à Harvard. Il a aussi coécrit l’épisode « Chute libre » de Black Mirror (épisode avec les notes sociales inspirées du système chinois).
Pour aller plus loin, vous pouvez également écouter l’analyse de Monsieur Phi sur cette série !
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