
Tant qu’on est là est le titre qui donne son nom à l’album.
«J’évite le sort des Twin Towers, ça crie au meurtre»
est une allusion aux attentats qui sont dédramatisés, alors que le rappeur évite lui aussi un attentat.
«ça» demeure indéfini : est-ce une métonymie ? Qui crie ? On est face à une forme d’antithèse car on évite l’attentat mais on « crie » au meurtre quand même.
« J’ai les moyens du film d’auteur, les dents plus longues qu’Austin Power»
Ici, les dents sont synonymes d’agressivité, d’animalité compilée à la sobriété des moyens. Hugo s’oppose aux autres rappeurs commerciaux, riches. Le film d’auteur c’est aussi l’indépendance, en plus d’un faible budget. C’est son prix en quelques sortes. Il mélange les arts puisqu’il compare sa musique au cinéma.
« Pris d’vitesse, tout va pas bien, toute une jeunesse en surplus d’hormones
J’crois qu’mon ange-gardien fait son business avec le croque-mort»
On assiste à une dislocation de la phrase, de l’ordre canonisé, le sujet, les jeunes, est retardé.
Accélération et malaise, pessimisme, noirceur d’une époque. Il utilise la négation de ce qu’il va affirmer dans le refrain «parait qu’tout va bien tant qu’on est là pour en parler» (ironique bien sûr). Jeunesse caractérisée par l’ébullition, l’agitation hormonale qui renvoie aussi aux comportements associés.
On trouve des modalités, qui expriment des croyances et donc un vocabulaire religieux, sacré. Hugo a vendu son âme au diable, sauf que le croque-mort est plus terre-à-terre, réaliste, ancré sur l’aspect matériel de la mort. C’est une antithèse. La marchandisation de ce rapport essentiel, basique, la mort, est mise en avant. L’ange gardien est le guide, corrompu par le marché, l’argent de la mort … Il y a absurdité du sacré même et donc, désacralisation totale. Crudité encore dans le langage du rappeur car métaphoriquement on le comprend assez bien.
«Des jeunes en perte de repères, s’il faut, ils t’montent en l’air
On rappe dès qu’on s’emmerde, si j’tourne en rond, c’est qu’j’ai du plomb dans l’aile»
Deuxième attribut de la jeunesse, perdition, déboussolement, agressivité encore, qui va jusqu’à la violence même, «s’il faut» injonctif et hypothétique, mais est, en fait, très subjectif ici. Il y a une forme d’arbitraire du besoin, de la morale même.
L’ennui est à combler par l’art, la musique Cela montre en même temps une jeunesse en mal d’ambition. On ne rappe pas par volonté ou pour la beauté du geste. «dès que» spontanéité, moment présent, immédiateté.
Hugo va s’inclure de plus en plus avec le «on» qui devient «je».
Fausse hypothèse : il tourne en rond, (renvoie à ennui mais plus imagé et forme une animalisation indirecte, un lion en cage …) mais il va expliquer ceci autrement («si (…) c’est que»), Hugo est un oiseau blessé par un tir, probablement de chasseur. C’est aussi une expression pour dire que l’on peine. Il y a là quelque chose de presque pathétique et de terre-à-terre encore, ainsi qu’une syllepse toujours sur le sens propre et le sens figuré.
»Regarde dans l’coin, des filles qui boivent, des jeunes qui trinquent» –
>exhorte à l’attention sur l’alcool encore considéré comme l’attribut de la jeunesse et même des «filles». Il y a quelque chose d’enfantin là-dedans.
Conséquence : «On vieillit vite, depuis tout p’tit, j’ai des ch’veux gris comme petit Trunks»
« Que d’la défonce et l’Île-de-France, on veut voguer vers d’autres rivages»
Désir de fuir Paris. On a une syllepse sur «ile» que l’on comprend avec «rivages», et donc, une métaphore de la navigation.
Paradoxe puisque la «défonce» devrait permettre la fuite, mais pas géographique
« Si mon corps, c’est mon hôtel alors j’ai plus d’étoiles»
Comparaison avec le «si…/ c’est». Il est encore au classement Michelin de son corps. Assez cru, il y a réification et allusion à la matérialité pure du corps. Cela va bien avec ce qu’il dit car il l’a abimé. Il ne peut plus attirer, donc séduire, sans étoile.
« On est tous encastré, ce quotidien nous rend taré » -> enfermement dans la routine qui rend fou
« Mais paraît qu’tout va bien tant qu’on est là pour en parler » -> ironie, dédramatisation amère : discuter, se moquer de ceux qui positivent constamment quelque part.
« On a de la chance, on est vivant déjà»
Sous-entendus que cela peut nous évoquer. Le dialogue pour Hugo ne suffit pas à apaiser la tension.
« Ils font des trouvailles malsaines, à chaque fois qu’ils draguent laSeine «
-> glauque et symbole de Paris qui ressemble plutôt à un lieu de roman noir, de polar
« Un score record pour le FN, ils nous effraient mais qui les freine ? »
-> sujet d’actualité qui préoccupe pas mal les quartiers, les gens sensibles au racisme, côtoyant la mixité. « Score record» et instrumentalisation pour la peur (de qui ? c’est marrant on comprend tout seul… Médias, autres politiciens).
«J’ai un orchestre au bout des doigts mais y’a ni instruments, ni batteur
Un PC, un mic’ et une canette de Königsbacher»
Grand talent musical et artistique, beaucoup de voix et de choses à dire mais équipement si simple, permis par le numérique et l’alcool en quelques sortes. On a une démystification totale de la figure de l’artiste en plus que celui-ci est un chef d’orchestre « du bout des doigts ».
«Pas d’quoi s’attendrir, ils préparent des bombes outre-Atlantique
Tous attentifs, pour s’en sortir, faut être James Bond ou l‘agent Smith»
Manque de sensibilité et loi du plus fort. Guerre, violence et périphrase pour en parler. Au taquet, côté technique de la survie et allusion à la célébrité, l’argent, les apparences, le rôle.
«J’ai plus vingt ans, j’suis attendu par le toubib
Même si la rue m’va comme un gant, faut qu’j’envisage un relooking»
Mauvaise santé, mauvaise apparence, mauvaise estime et image de soi et métaphore des habits, du gant pour la rue et toutes les caractéristiques qui vont avec. Le ton est tragicomique.
«J’crois qu’je gratte depuis mes quinze ans, j’aime toujours pas c’qu’est clinquant
J’touche pas qu’tes tympans, j’mobilise tes cinq sens
Des bains d’sang, le monde danse sur un fond d’requiem»
Gratter pour écrire, évoque le contact, la peau, le corps, quelque chose d’un peu intime, éventuellement violent, un peu sale (peau sous les ongles) associé à l’incertitude, l’approximation, la croyance et à l’âge depuis lequel il fait du rap. Ici, intervient la dimension biographique et le personnage d’artiste qui s’oppose au classique «clinquant», apparence, luxe, richesse mise en avant.
Tympans, métonymie de l’audition associé à des verbes qui évoquent le toucher, mais aussi musique de type synesthésique, qui fait appel aux images, aux goûts, aux ambiances, aux sentiments. En effet, on peut retrouver des détails très précis chez Hugo appelant la fumée (odeur), gratter, cogner (toucher), les bruits de la cité ou de l’artiste etc..
La violence s’oppose à la douce danse, qui correspondent au double face de la société, du monde.
«Au sein des rues étroites, la nuit est noire, couleur encre de Chine
J’y vois rien mais j’y braille des couplets d’rap écrits entre deux spliffs»
Petitesse, ville, enfermement, étouffement, noirceur, nuit, renforcés par «encre de chine» qui évoque en plus de cela l’écrit ou le dessin.
Deux sens à voir, on s’en doute, propre et métaphorique, là aussi appel aux sens, les 5 apparaissent dans la fin du texte. «brailler» enfant ou douleur, quelque chose de strident et peu audible, peu agréable même. Les « Joints » ponctuent l’écriture, ils appartiennent à la routine. Tous quatre sont liés dans les symboliques (alcool, routine, joints, écriture).
«J’fais l’reporter mais j’raconte pas l’histoire d’Tintin
J’ai gratté avec tellement d’plumes, j’ai d’quoi monter une coiffe d’indien
On habite tout près des puces, là où ça passe du rire au drame
Faut faire trembler les fils de pute et les aiguilles du sismogramme»
Hugo prône une écriture journalistique, informative et de «faire le» rôle, le jeu ou le métier. Mais pas des histoires toutes belles pour enfants … On enchaîne sur une métaphore de la plume, au pluriel ici, qui renvoie donc à ses différents styles et à ses différents camarades de kick probablement. «Ca passe du rire au drame», bascule, fragilité d’un extrême à l’autre : côté tragique, dramatisation. On trouve aussi la métonymie du «rire» pour le bon moment, très visuel et frappant là aussi
Il y a un gros paradoxe. Faire trembler physiquement et métaphoriquement, faire peur, les instruments qui servent à mesurer les tremblements des séismes …
Hugo est une catastrophe naturelle…
Les autres articles :
Orange is the new black
Notre analyse de la série « Orange is the New Black »
Rêver et Agir: Transformer sa Vie
Mais que faut-il pour changer le courant des choses ? Pour rattraper quelques proses Leur coeur aussi .. Leur infini, leur profondeur, les apaiser ou les grossir Au gré des douceurs et des douleurs Comment pourrait-on ne serait que agir ? Voir de cette valse un geste agile Autour du monde qui nous entoure. De…
Impressions sur notre actualité : Entre poésie et réalité
Après peu de repos, J’ai cherché du répit Maintenant que je suis repue… J’ai enfin tout repeint! On te sert le repas, Evidemment que cela dérape… ! Tu es toujours sur le départ. Mais ce n’est que le début. Des pairs, des pauvres, Les pierres des Pires… C’est encore de la purée ! Alors, j’ai…
Laisser un commentaire