
Fidèlement à notre artiste, on retrouve les thèmes de l’alcool, la drogue, la routine, ou le politico-social dans ce morceau.
« Le TSR, un vent glacé qui descend tout droit du pôle nord »
Ici est amorcée une métaphore filée météorologique qui va désigner le rap d’Hugo tout le long de la musique. Celui-ci est glacial, synonyme de grand froid, reprend l’image du vent venant de l’extrême nord
«Et ouais, j’ai trop d’retard, les pieds sur terre, j’suis loin d’vos p’tits trafics. À la dérive, j’suis un iceberg, j’attends l’Titanic»
Hugo TSR s’évade des «traffics» de la street, la cité, tout en gardant les pieds sur terre et un certain réalisme. La métaphore de l’iceberg est nouvelle, s’ajoutant à celle du vent glacé, caractérisée par sa perdition et le pressentiment d’une catastrophe célèbre, d’un naufrage tragique. Ce film (le Titanic) est connu pour faire pleurer parce que le navire a coulé.
«Pas là pour racailler, c’est au feeling que j’rappe et si j’peux pas m’tailler, j’irai m’noyer dans une piscine de sky »
Le verbe est un néologisme, pouvant encore renvoyer à la vie de cité et à l’attitude de certains de ces habitants. Lui, rappe et carbure aux sentiments et à ce qu’il sent, y compris chez les gens. On a encore l’idée d’enfermement et de violence contre soi-même (« noyer ») ou alors le sens de tailler un crayon pour qu’il soit propre présentable et utilisable. La violence contre soi peut aller jusqu’au suicide métaphorique dans l’alcool. « Piscine de sky » est une expression qui aurait de quoi faire rire mais l’humour est noir, trash.
«J’évite le soleil, rester dans l’ombre, c’est mon fardeau
Petit bloc de glace fait trembler les gros paquebots
Tu vois qu’le sommet du glacier, bienvenue dans mon casse-tête
Et si t’as trop à perdre, un conseil, évite l’iceberg»
Hugo serait comme un vampire par « fardeau ». La métaphore de l’ombre désigne une certaine tristesse, une grande misère, une marginalité, mais se justifie aussi car l’artiste se tient à l’écart de la célébrité. «fardeau» est un terme très fort, lourd, négatif, tragique, pathétique.
La métaphore de l’iceberg revient (d’où le titre) associée à « petit » et désigné par une périphrase, en antithèse avec les «gros paquebots» : les puissants, les riches, les célèbres, les clinquants, ceux que l’on considère comme plus forts ou plus imposants. Il y a aussi là une dénonciation commerciale et politique. On retrouve l’image de « faire trembler » (à mettre en parallèle avec la fin de Tant qu’on est là) et l’idée de peur. La métaphore de l’iceberg a pour nouvelle idée l’apparence qui n’est qu’une toute petite partie du tout «sommet» / «glacier»
«Bienvenue dans mon casse tête» invite à découvrir un autre aspect de sa personne, plus douloureuse, tord-neurones, désagréable.
Hypothétique : si tu possèdes beaucoup, que tu ne fais pas partie de ces gens qui n’ont plus grand chose à perdre, alors tu dois éviter ces paroles, ce noir, cette agressivité, c’est un «conseil» une mise en garde qui renforce le côté agressif. En fait, c’est l’euphémisme d’un avertissement.
«Des contrôles abusifs, des ultra-sons, des répulsifs »
-> violences et abus des pouvoirs policiers. Les répulsifs c’est pour les insectes, les nuisibles, les parasites… ce qui en dit long sur leur image
« Soit disant république, ils refusent de voir c’qu’on a dans les pupilles »
-> discours et apparence de la République, image surtout derrière un mot qui ne veut rien dire. Et ignorance, déni même de la détresse du «on», « dans les pupilles » on peut avoir des larmes ou les effets de la drogue qui auraient une importance politique …
«Pour oublier l’décor, j’frappe mes neurones, y’en a plus d’un qu’est naze »
-> destruction intellectuelle et neuronale, abrutisation pour oublier le film, le quotidien, le cadre, l’enfermement. On a une personnification des neurones qui leur donne quand même certains rôles, une certaine autonomie. Ils sont mis à égalité avec le « je »
«Un avenir malsain, j’vois toute la ville atteinte, Paris va bien ? (nan)
Mec, y’a la queue d’vant la machine à s’ringues »
-> image, réalité crue : drogue pour se noyer. C’est un état collectif, presque universel. Hugo hyperbole. Beaucoup d’ironie présente dans le «Paris va bien». Il y a une métonymie de la ville pour les gens.
«J’ai b’soin d’une blanchisserie pour mes habits et pour mes sous »
Zeugma et double sens à blanchisserie, du coup. Apparence, look, vêtements et argent. Superficialité, matérialisme, montre certains intérêts d’une époque.
»J’avance à contre-courant dans une mer froide, une montagne de glace
C’est ma mission, TSR CREW, il faut qu’je graff le blase »
Un rebelle, un mouton noir dans la foule, dans une époque violente, puissante et elle-même froide. Le vent glacé est confronté à la mer froide, à part, en marge.
Hyperbole et registre épique «mer» «montagne». C’est pourtant une mission humble que pratiquer l’art dans les rues. Il s’agit de laisser une trace, un nom, un code, un message,
«Les flics deviennent les garde-chasses d’un parc animalier
Trop d’pétards inhalés, ça sent l’pétage comme un graff inachevé»
Hugo utilise une animalisation de la société, grâce à la métaphore du zoo. Celle-ci est appliquée aux flics, mais aussi aux parisiens, indirectement. C’est une opposition récurrente chez notre rappeur. Les flics sont des adversaires, souvent contre eux, le peuple. Mais en même temps, ici, ils semblent nécessaires à la pagaille ambiante. En partie à cause du shit (de ses doses) comme le montre le déterminant. Hugo souligne une explosion à deux sens et évoque l’illégalité du pétard comme du graff. Cela sous-entend une arrestation.
«Aucun produit dérivé, j’crois qu’j’suis l’dernier samouraï»
Hugo accentue de nouveau sur son authenticité, sur l’absence de commercialisation de sa musique et sur son combat ultime épique, toujours avec un certain honneur. Il se bat pour une éthique, seul contre tous. C’est le dernier, ce qui témoigne d’une référence cinématographique aussi. On remarque un certain ego se dessinant dans la mélancolie et la froideur. L’artiste et l’époque ont finalement les mêmes attributs, la même ambiance.
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