
Par Edukey, avec des chercheurs et enseignants.
Depuis fin 2016, ce vulgarisateur fait des vidéos sur la recherche en éducation et il va commencer une thèse pour que la recherche et les pratiques de terrain se mélangent. Le podcast est proposé grâce à l’association Ephiscience : une association visant à faciliter les liens entre théories et pratiques de terrain et à aider les éducateurs en s’appuyant sur la philosophie et les sciences pour une meilleure éducation.
Ce podcast interroge Amélia, chercheuse en doctorat sur les écoles et pédagogies alternatives. En sociologie, on parle de pédagogies expressives : elles se concentrent sur le développement de l’expression de l’individu propre. Quelles variantes et quelles implications sociales de celle-ci ?
Ces pédagogies se sont développées dans les années 70, puis il y a eu des études en sociologie. On passe de la performance a la compétence. On reproche à ces études d’émaner des classes supérieures, et d’être défavorable aux élèves de classe populaire. L’expérience des élèves est assez variée : certains étaient enthousiastes mais n’arrivaient pas à se mobiliser. D’autres arrivaient très bien à donner le change en classe. Cela soulève le lien entre envie et mobilisation : si un enfant a envie, il se mobilise. C’est un lien intéressant à creuser.
On dit que l’apprentissage est une affaire de cerveau et de psychologue, comment travaille-t-on dessus en sociologie ?
Ca dépend ce que l’on entend par apprentissage : Est-ce purement de la mémorisation? De plus, les animaux apprennent aussi. Pour les humains, l’acte d’apprendre est complexe et de nombreux facteurs l’influencent. Ce n’est pas seulement mémoriser une information. Il y a des prédispositions culturelles pour l’apprentissage. C’est la sociologie de la famille s’interrogeant sur comment elle prépare aux attentes de l’école. On sait qu’elle a un rôle conséquent ; dès lors, certaines pédagogies créent des inégalités. C’est la sociologie du curriculum qui s’intéresse à comprendre comment différentes approches créent différents types d’intégration.
L’apprentissage est aussi une question sociale : on apprend dans le collectif, dans un groupe. On doit répondre à des normes, des attentes, évoluer dans un système scolaire. Cela c’est de l’ordre de la sociologie et de la science politique. Faire son parcours scolaire c’est aussi s’orienter, faire des choix.
Un enfant qui sort du système ou qui fait des choix, c’est plus qu’un cerveau, c’est toute une sociologie.
L’apport spécifique de la sociologie est aussi utile à la société en déconstruisant des présupposés, des liens d’évidences sur cette notion d’apprentissage. La sociologie permet de déconstruire ce qui nous parait évident.
On peut remettre en question la notion de don : l’école valide une intelligence différente. Mais le lien entre intelligence et réussite est également remise en question par Pierre Bourdieu notamment. De même, pour l’idée de mérite et d’efforts.
Enfin, la sociologie met en avant la pédagogie active où l’activité de l’élève aide à sa compréhension, ou le contraire.
A propos des attentes, on peut préciser ? Comment se manifestent -elles ?
Cela peut être les attentes de l’enseignant en termes de comportement, par exemple. On aboutit au concept de « l’élève idéal » pour chaque enseignant. Un écart est nécessairement présent pour chaque élève, ce qui va le faire juger favorablement par l’enseignant, ou pas. Les attentes sont parfois explicites, parfois implicites. Ces dernières sont plus évidentes pour certains élèves que pour d’autres. Cela dépend des choses qui se passent à la maison et de s’il y a prolongement avec celles scolaires.
On a l’idée de groupe, l’idée que l’école est un milieu, mais aussi le rôle de l’environnement familial : quelle perméabilité y’a-t-il entre les deux groupes ? Est-ce que il y a des connaissances dans l’environnement familial qui nous aident à l’école?
C’est une question complexe et assez discutée. La famille détermine en partie la réussite mais qu’est-ce qui la favorise exactement ?
Le capital culturel : les choses que l’on sait, aller au musée, avoir des livres, voir ses parents s’attelaient à des taches intellectuelles; facilite le goût de l’enfant pour l’apprentissage. Autre exemple : les voyages.
Il n’a donc pas que les connaissances : on peut s’intéresser aussi aux aptitudes, notamment celle de l’application de la contrainte et de l’effort. On peut se reporter à l’ouvrage Le gout de l’effort de Sandrine Garcia. Elle explique sur la base d’entretiens avec des parents de quelle manière les parents aident le gout de l’effort et l’acceptation de la contrainte. Cela prédispose à la réussite.
Par rapport au rapport entre efforts et réussite scolaire : on apprend que l’école réitère les échelles sociales, mais si on veut on peut, non ?
Ce n’est pas si simple justement. Cela demande des conditions particulières.
« Quand on veut » : on part déjà du principe qu’on est tous égaux devant la volonté, alors qu’en fait, il y a énormément de choses qui interviennent avant même que l’on puisse vouloir. Par exemple, si un élève veut faire Science Po, il faut déjà qu’il ait accès aux informations, ce qui n’est pas le cas pour tous. Ensuite, il faut qu’il se sente concerné par les informations : est-ce que je peux prétendre d’aller à Science po ?
On en vient au phénomène d’autocensure, avec en plus de cela, un environnement qui va nous encourager, plus ou moins, à la famille comme à l’école. Il y a aussi la question du niveau scolaire, déterminé par le parcours social. On place beaucoup de poids sur la volonté individuelle, mais la sociologie vient nuancer ceci, complexifier cette notion.
Bien sûr, certains cas font mentir les statistiques. Souvent, quand on parle en termes de statistiques sur la reproduction sociale, dès qu’on voit un exemple contraire on va se dire que c’est faux. Cela reste des tendances. On n’est pas prisonnier de notre naissance. Il peut suffire d’une personne dans notre parcours brisant l’autocensure. Pleins de choses peuvent intervenir à l’encontre de ces statistiques.
En outre, on accorde un grand poids dans notre système à la méritocratie : c’est difficile d’entendre le contraire, alors on se raccroche aux exemples inverses. C’est difficile d’être objectivé, mis dans une case, de réaliser qu’une partie de nos choix sont aussi déterminés.
Quelles conséquences de cette croyance en la méritocratie?
C’est un concept développé en sociologie et en psychologie. Il y a plusieurs effets : ça peut être motivant pour des élèves qui se disent « si je donne beaucoup d’efforts je vais être récompensé ». Cela peut être, au contraire, décevant si l’élève fournit beaucoup d’efforts et n’obtient pas de réussite. Certaines personnes réussissent plus ou moins facilement.
D’un point de vue plus large, c’est une sorte de norme qui peut véhiculer l’idée qu’une personne qui ne réussit pas l’a mérité. Elle compte énormément sur la volonté individuelle encore. Elle favorise des jugements plus durs sur des personnes qui ne réussissent pas.
Etudier la sociologie peut être libérateur pour notre parcours : cela permet de mieux se comprendre.
Par rapport aux filières à majorité féminine, est-ce qu’on apprend différemment que les garçons ?
C’est possible. Les effets de genre sur les préférences pour les disciplines ont été étudié. Les garçons vont plus facilement vers les maths, les filles vers les filières littéraires. L’enseignement valorise des appétences pour certaines disciplines selon les genres. Ce sont aussi, ensuite, des choix de carrière. On en arrive à des métiers féminins ou masculins. Encore une fois, on n’est pas pour autant prisonnier. En prendre conscience peut être un premier pas vers des choix moins déterminés, pour déconstruire les rouages.
Que fait concrètement un sociologue : quels outils et méthodes ?
Déjà, il faut définir les termes de la question, puis mener des observations en classe et enfin, des entretiens.
Comment met-on en place une observation?
C’est l’une des méthodes favorites d’Amélia. On peut voir des situations écologiques : pas transformer pour l’étude, authentiques. Toutefois, la simple présence du sociologue peut perturber la situation, surtout si les élèves n’ont pas l’habitude d’intégrer des intervenants extérieurs. On aimerait qu’ils se comportent comme tous les jours même s’il s’agit de transgresser les règles. Or, cela biaise l’observation. Au début, Amélia préférait ne pas prendre de rôle dans la classe, que sa présence soit invisible. Elle prenait le rôle d’assistante. Elle a ensuite changé de méthode, car cela la mettait dans une position d’autorité quand même par rapport aux élèves. Elle s’est ensuite dirigée vers une observation informelle finalement : il s’agissait d’être la grande sœur, copine. Ne pas être du côté de l’enseignant, montrer que l’on veut s’intégrer dans le groupe d’élèves. Mais ils se permettaient beaucoup de choses.
Comment savoir quelle influence cela a réellement d’être d’un côté (celui du professeur) ou de l’autre (celui de l’élève) sur la recherche elle-même ?
Il faut faire preuve de prudence dans les interprétations de ce que l’on observe. Par exemple, lors d’un exercice d’écriture tournante (une écriture de poèmes collective), Amélia était à côté d’un élève perturbateur de la classe et celui-ci cassait l’esprit poétique : ça l’amusait. C’était intéressant de voir qu’élève n’adhérait pas. Mais peut-être faisait-il ainsi parce qu’il y avait un observateur juste à côté de lui. On peut l’interpréter différemment. On le mentionne à l’analyse.
Comment tirer des conclusions générales d’une observation particulière ?
On ne se fie pas à une seule observation : on fait un corpus de données avec des situations qui se répètent, par exemple. Ensuite, on ne cherche pas à généraliser mais plutôt à voir ce qui peut se produire sous telles conditions. On ne peut pas certifier de la répétition ou la généralisation.
On essaye de repérer des phénomènes qu’on essaye de conceptualiser et qui peuvent se reproduire, ou pas, sous certaines conditions.
Est-ce que tout le monde peut faire des observations? Quelles spécificités de celles des chercheurs ?
La particularité est dans l’idée de corpus et d’observation systématique : ce n’est pas une observation attrapée au vol, elle s’inscrit dans un temps long. Est-ce que c’est exceptionnel ou régulier sur telle période? Il faut s’intéresser à différents éléments, pas seulement à ce que l’on attend.
Un observateur commun, un professeur par exemple, aura tendance au « cherry picking » : à la sélection de ce qui nous chante, ce qui confirme ce que l’on a envie de montrer. Parfois, le chercheur se fait violence pour voir ce qu’il n’aurait pas aimé voir. C’est la grosse différence avec une observation de tous les jours.
Les entretiens, à quoi ça sert ?
Les entretiens avec les élèves étaient très fructueux : ils ont permis de remarquer la non-adéquation entre l’adhésion aux projets pédagogiques et la mobilisation en classe. Il y a des écarts. Amélia a passé beaucoup de temps de discussion, de jeu, pour que les élèves se sentent à l’aise, pour parler aussi de ce qu’ils n’aimaient pas, de ce qu’ils faisaient hors des cours ou lorsqu’ils ne respectaient pas les règles. Parfois, on pouvait relever des contradictions, parfois des confirmations de ce qu’ils faisaient en classe. Concernant les enseignants, le plus intéressant était les valeurs relevées dans les pratiques. Les mêmes pratiques peuvent être portées par des valeurs et visées différentes. Par exemple, les conseils d’élèves ont différents buts.
Le sociologue s’intéresse aux conditions pour ces statistiques et cherche à objectiver ces informations.
Plus de lectures :
Sur l’apprentissage :
Les nouvelles voies de la pédagogie
L’apprentissage vu par les neurosciences
Orange is the new black
Notre analyse de la série « Orange is the New Black »
Rêver et Agir: Transformer sa Vie
Mais que faut-il pour changer le courant des choses ? Pour rattraper quelques proses Leur coeur aussi .. Leur infini, leur profondeur, les apaiser ou les grossir Au gré des douceurs et des douleurs Comment pourrait-on ne serait que agir ? Voir de cette valse un geste agile Autour du monde qui nous entoure. De…
Impressions sur notre actualité : Entre poésie et réalité
Après peu de repos, J’ai cherché du répit Maintenant que je suis repue… J’ai enfin tout repeint! On te sert le repas, Evidemment que cela dérape… ! Tu es toujours sur le départ. Mais ce n’est que le début. Des pairs, des pauvres, Les pierres des Pires… C’est encore de la purée ! Alors, j’ai…
je suis venue te dire
Je suis venue te dire Ce que j’ai sur le coeur Je suis venue te dire Que pour toi brûlent mes heures Depuis quelques années, Nous nous sommes trouvés Depuis tout ce temps je N’ai cessé de t’aimer Trajectoire peu parfaite, Et sentiers à parfaire Je t’ai pesé parfois, Frôlant une dure folie Je t’ai…
l’Art & la vie… l’avis & lard
La Vie est, par essence, une suave moelle. C’est une sève sucrée que l’on suçote. On la mâche et on la digère souvent mal & … Alors on la recrache, en vain, quand tout bloque & débloque. La Vie est une Infinie Naissance, Renaissance… Connaissance. Un bébé suffocant, une soif infinie, un sirop pour la…
Sais-tu ces tus … ?!
J’ai passé des années … Sais-tu enfin ces tus ???
Laisser un commentaire