Analyse – Scylla

By

Scylla

Nous apporterons d’abord quelques éléments concernant l’artiste en lui-même et en quoi il se différencie des autres rappeurs. Notre analyse sera synthétique et globale. Nous irons plus loin dans d’autres articles parlant de ces morceaux.

Scylla est belge : il fait hommage à sa nation dans BX Vice. Nous remarquerons d’abord que cet artiste est riche en émotions. Souvent, triste mais d’une grande beauté. D’autres fois, plein de rage et de fougue mais aussi de rythme. Il faut souligner la grande poésie de ses textes et des instrumentales souvent faites maison, simples, s’envolant lyriquement, au piano. C’est un artiste qui rappe avec ses tripes, et c’est le moins que l’on puisse dire.

On pourrait aussi presque parler de souffle. Ses textes sont tantôt longs, dénonciateurs, tantôt envolées lyriques des muses. En même temps, ce sont des morceaux marqués de lyrisme, de colère, de révolte, de détermination.

On y trouve quasiment toujours des anaphores, souvent dans les refrains, ainsi que la première personne du singulier soulignant une forme de lyrisme. Dans certains titres plus engagés ou dans « Esprit fraternel » on trouve la présence forte du « on » ou de la première personne du pluriel. Scylla exprime des sentiments forts comme la perdition, la fraternité, l’espoir toujours. C’est un utopique en désillusion.

«Seul un fou, seul un fou, pourrait changer le monde»

L’espoir et une certaine impression de puissance luisent donc derrière ces tableaux noirs. L’instrumentale y a un grand rôle, avec des instruments plutôt classiques (piano) qui montent crescendo dans les gammes. Scylla effectue un hommage à Chopin.

«Ca fait quoi d’être à l’air libre ?»

On trouve beaucoup de métaphorique pour la poéticité du texte, ainsi que des questions rhétoriques poussant à la réflexion. De nombreuses apostrophes à l’auditeur ou des questions qu’il se pose à lui même alternent. Scylla parle à sa propre quête d’identité en même temps qu’à tout l’auditorat.

«je chanterai l’amour même si ma terre prend feu»

Une promesse, un engagement artistique et amoureux, y compris dans la destruction, l’inespéré.

«d’où me viennent ces mots? D’où ? D’où me viennent ces souvenirs? D’où me viennent ces goûts? D’où ? D’où me viennent ces soupirs? D’où me viennent ces routes, les sens? qui suivre ? D’où me viennent ces doutes? d’où ?quand ? Qui suis-je»

On est face à une accumulation de questions existentielles et une personnification de paroles, souvenirs, chemins, déceptions, qui ont forgé l’identité (avec la fameuse question du « qui suis-je ? ») et jaillissent de nulle part. Scylla dénonce aussi le masque social, par exemple dans « Masque de chair ». L’accumulation est aussi présente dans « Et toi? » avec le simple descriptif « il y a« . Il y manie le paradoxe par l’antithèse.

Scylla est un artiste en quête, par exemple, du Graal, tel un chevalier. C’est en fait une quête identitaire. On trouve de nombreuses modalités, parfois un langage soutenu. Les jeux de mots sont évidemment courants. Les emballements, en plus de accumulations, ou les ralentissements, sont de réelles figures de style. Les rimes sont souvent embrassées. L’interprétation, la respiration, sont très importantes dans ce style. Il utilise des onomatopées également.

On trouve de la révolte associée au Carpe diem dans deux de ces morceaux : « Le monde est à mes pieds » et « Charbon » (‘c’est maintenant ou jamais, je ferai comme si demain n’existait pas »). L’artiste n’est pas dépourvu d’un certain Ego, il reprend l’égo trip à sa manière, concernant ses écrits. On trouve le motif de la renaissance à plusieurs reprises. Des « appels à la paix« , de nombreux questionnements, souvent existentiels « qui suis-je ? Où je vais ? D’où je viens ».

La performance est très importante pour Scylla. On le trouve dans son champ lexical fréquemment mais on trouve aussi un titre dédié à cette aptitude. Le style, la classe sont importants. Elle s’exprime par des images telles que « franchir le mur du son » et par de nombreux jeux et accélérations. Il utilise aussi de nombreuses inspirations autobiographiques notamment dans « Devoir de mémoire ».

Scylla manie l’allégorie à de nombreuses reprises, par exemple dans « Appel à la paix » à laquelle il lui fait tout un tas de reproches grâce au « tu » comme de « jouer les princesses » ou d’être « une feignasse ». Scylla menace d’abandonner la lutte s’il reste seul.

« Encore un appel à la paix mais elle en répond pas. Est-ce qu’elle se fout qu’on s’y consacre? Peut-être n’ai-je pas le bon contact car ici la messagerie ne fait écho que de combats… »

On ressent beaucoup d’amertume dans ce titre.

Ces morceaux constituent des « voyages » qu’il faut savourer d’un point de vue sensoriel : « s’il te plait ne parle pas, prends bien goûts aux sensations ».

Le ton de la confession est courant, par exemple dans « Solitude » où là aussi celle-ci est personnifiée comme une femme. Celle-ci est « sculptée dans les pupilles » de l’artiste. Elle rappelle l’artiste qui obéit. Souvent, Scylla se présente comme un serviteur de sa propre plume, son propre art, notamment dans « La plume qui me prend« .

Plus d’articles :

Rythm and Poetry

Rêver et Agir: Transformer sa Vie

Mais que faut-il pour changer le courant des choses ? Pour rattraper quelques proses Leur coeur aussi .. Leur infini, leur profondeur, les apaiser ou les grossir Au gré des douceurs et des douleurs Comment pourrait-on ne serait que agir ? Voir de cette valse un geste agile Autour du monde qui nous entoure. De…

Impressions sur notre actualité : Entre poésie et réalité

Après peu de repos, J’ai cherché du répit Maintenant que je suis repue… J’ai enfin tout repeint! On te sert le repas, Evidemment que cela dérape… ! Tu es toujours sur le départ. Mais ce n’est que le début. Des pairs, des pauvres, Les pierres des Pires… C’est encore de la purée ! Alors, j’ai…

Posted In ,

Laisser un commentaire