Analyse – H-tône – Encore un peu

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«Encore un peu» comporte un ton tragique et presque élégiaque, puisqu’il est associé à l’impératif «reste» de manière anaphorique, il rythme le texte et relève de la supplique.

On remarque qu’il y a 14 quatrains selon la mise en page du rappeur.

« Je t’en prie, reste encore un peu. Il se peut que ça vaille la peine

Un jour, le jour se lèvera mieux, on glandera sous un meilleur ciel

j’vais pas t’empêcher de faire tes choix mais c’est pas sous les chrysanthèmes

Qu’on fera trembler les bourgeois. Et les voir trembler c’est ce que t’aime»

Le premier couplet commence par une adresse et un ton vraiment proche du tragique et de l’élégie. La mort n’est pas citée mais elle plane. On comprend tout de suite l’expression «en valoir la peine» et l’indéfini du «ça» désignant en fait la vie, comme un combat. On retrouve alors la métaphore du «jour», après une nuit, une étape sombre, et de même, l’expression d’un certain espoir en l’avenir avec la présence du futur et du comparatif positif «mieux», puis du superlatif «meilleur». Le «ciel» semble ici renvoyer, de manière originale, à l’ambiance, l’environnement, les temps. Les deux autres phrases posent un choix, une alternative politique entre deux attitudes face aux «bourgeois» : l’une est toujours sous entendue, c’est le combat, l’autre est représentée par les «chrysanthèmes» renvoyant au calme, à la nature, à la paix, à la douceur, au pacifisme ou la poésie. Les symboliques restent larges et vont ensuite se préciser. L’artiste semble rejeter cette alternative : il présuppose logiquement que son interlocuteur ne pourra atteindre son objectif de «secouer» ces «bourgeois» par cette première option. Le combat est encore indéfini mais est sous-entendu derrière la tourne négative « c’est pas». Les questions politiques et sociales sont peu à peu introduites par les symboliques sollicitées.

« Alors reste encore un peu, au moins le temps d’une émeute

au moins le temps qu’on foute le feu à une banque ou deux

Que l’on s’emplisse une dernière fois les poumons de gaz, à s’en faire mal

que l’on s’en fiche et qu’on s’envoie quelques pavés sur la flicaille »

Les signifiants sociaux sont de plus en plus présents avec «émeute» (complément du nom «temps» dont cet emploi rappelle la musique, le rythme, une certaine fonction poétique pour exprimer quelque chose de plutôt agréable), la «banque», les «pavés» ou le terme familier la «flicaille». Les rimes sont suivies. Pour l’instant il y a une certaine régularité. Le lexique de la violence s’entrecroise avec les enjeux politiques avec les «pavés», le «feu» et le «gaz». Ceux-ci évoquent la destruction mais aussi de quelque chose de très sensoriel (odeurs, vue, douleur, émeute). On comprend vite ce couplet si l’on a en tête les images des récentes manifestations.

«On» indéfini mais proche du «nous» : collectif et inclusif !

« Puisque tu crois qu’on a perdu, que t’as cru qu’on pouvait gagner

puisque tu ne te vois pas en faire plus et que tu n’as plus la force de cogner

reste avec moi pour que je te vois et que je ne te ressemble jamais

et jamais baisse la tête, les bras, puisque tu vois, c’est tout ce que j’ai« 

Ici, on retrouve la métaphore du combat, avec la notion de victoire («perdu» «gagner») associée à un jeu temporel avec le verbe «croire» + «cogner». La notion d’abandon ou de fatigue est soulignée avec «plus la force», ainsi que la désillusion. La négation est omniprésente, il y a comme un air de découragement positif. On trouve des métaphores filées avec des termes qui se développent et résonnent entre eux. H-Tone développe alors la cause de sa supplication «pour que» : lui ne connaisse jamais ce découragement qui pousse à «baisser la tête» ou les «bras», pour que lui n’abandonne jamais.

Alors qu’ici, on retrouve le présent et le passé composé, mais aussi l’espoir de l’avenir exprimé au futur exprimée dans la quatrième strophe.

On retrouve une allusion au regret «parce qu’on n’a pas encore vu ce qu’il y avait sur la plage» (connotation positive et futur encore présent). D’autre part, l’artiste est déterminé « on y passera des saisons». La violence, la destruction peuvent être a priori positives (futur) contre les « prisons», symbole du pouvoir ou de la répression, qui serait à détruire. On remarque unj eu sur la notion d’échec et de victoire en tête du cinquième couplet.

Il y a l’hypothèse logique «si tu pars, c’est déjà l’échec» qui renvoie à l’abandon.

Cela me fait penser à Paulo Coelho «Seul est vaincu celui qui renonce». Ou du moins, renoncer c’est offrir la victoire.

Les «caméras» donc les médias sont personnifiés et, eux aussi mériteraient un peu de violence, avec « reste éborgner».

La deuxième partie de la strophe 5 passe au futur et propose une localisation («entre» «dans») à proximité des «livres» qui font partie des objets sources d’espoir. On retrouve des termes renvoyant à la musique et à l’ouie avec la métonymie des «voix» qui «restent» et le verbe «chanterons» qui semblent en fait désigner les mêmes «voix» alors que la première occurrence est indéfinie et la seconde désignant la Première personne élargie (locuteur + «tu»).

«Reste encore un peu, qu’on fasse chier les conservateurs

puisqu’il y a 1000 façons de le faire, et qu’on en retrouvera des meilleurs

pour les godasses qu’on a fumé loin des sentiers battus

pour la casse qu’on assumait, les frères et sœur qu’on a perdu»

C’est la strophe 6.

On trouve de l’argumentation des causes, conséquences intervenant dans la demande.

«1000 façons de le faire», on dispose de nombreuses alternatives pour se battre.

«loin des sentiers battus» est une métaphore courante pour exprimer une attitude hors des normes exprimée encore par une spatialisation.

H Tone aborde sa famille élargie : on se doute qu’il ne désigne pas littéralement ses «frères et soeurs».

Strophe 7, au milieu du texte. L’auteur utilise une périphrase pour la descendance «ceux qui ne sont pas encore nés» ainsi que la forme négative encore, qui, pourtant, rejoint l’espoir. «demander des comptes», désigne une forme de responsabilité à leurs égards.

«Pour ceux qu’ils ont éborgné quand ils criaient mort aux cons» : confusion volontaire entre les pronoms qui ne désignent pas les mêmes personnes mais sont tous deux sur à la troisième personne du pluriel au masculin. Les manifestants ou les policiers ? alors que le terme était déjà présent appliqué aux «caméras» (métonymie des médias). La violence change de camps et est ambivalente.

On trouve une allusion à un chant populaire.

« Dents abimées », le sourire aussi mais toujours de la bonne humeur et de l’espoir dans l’avenir. «on sourira quand même».

Strophe 8 : Anaphore, l’artiste implore toujours et use d’expressions méta-littéraire, ressemblant à son geste actuel. La répétition de la plainte ressemble de plus en plus à de l’encouragement et de la détermination.

« On écrit un pamphlet» = texte très engagé et polémique, qui attaque. L’acte artistique d’écrire devient ensuite un geste à la croisée du politique, du dessin et de l’écriture avec « on graffe deux, trois slogans pourris juste pour faire chier ces empaffés» : la subordonnée de cause peut à la fois justifier les raisons du combat, qu’il passe par un texte ou par la rue donc, et comporter une dimension méta-littéraire là aussi, d’autant plus que l’action évoque la position de l’artiste lui-même.

On remarque une grande assurance et une certaine infantilisation dans le combat avec le saut dans la merde et le blâme du «drapeau» qui symbolise les couleurs de la nation, de la patrie. C’est un symbole français fort. Qui sont en fait synonymes et outils des «guerres» dans lesquelles les «collabos» (terme connoté historiquement) sont impliqués.

Strophe 10 : Allusion à de nombreuses fuites, assez indéfinies encore.

«pas mal». / «malle» / «revoir» : répétitions, ajoutées à une allusion à l’actualité passée du Mcdo brûlé lors d’un premier mai.

«sabotera» connotation fortement politique, voire anarchiste ou du moins stratégique, «les machines à mort», à détruire

Strophe 11 : «Et on matera cramer leur monde où poussera le suivant» souligne la victoire dans le futur et l’idée de renaissance dans la destruction. « Pousser » renvoie, en outre, à un phénomène naturel.

Ce texte annonce un malheur comme le renversement contre le pouvoir. Il a une dimension presque prophétique donc, celle de la revanche sociale et du vivant «craindre leurs ombres et tout ce qui est vivant».

«Cendres» résument la destruction, «alimenteront les champs», nature, cycle universel. Qui eux-même ne nourriront pas des humains comme il serait attendu, mais un «demain matin» personnifié.

Finalement, le texte reprend certains procédés des textes de résistance avec l’exhortation à la lutte, à l’espoir dans le désespoir, au non-renoncement. On remarque une métonymie «cris voix ». «Fachaient» sonne bien avec «faire chier». On a un rejet de l’obéissance, du «silence» métaphorique au profit du «bordel», du dérangement, de la destruction prolifique.

« Si on y arrive pas on s’en fout. On les aura au moins fait chier

on aura pas gardé pour nous les cris et voix qui les fâchaient

l’obéissance, combien sont mort d’elle.?

Là, où est demandé le silence, foutons le bordel. »

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