
Pour ceux qui ne connaissent pas, Damien Saez est un artiste très engagé, plutôt rock’n’roll, qui aborde des thèmes tels que la politique, le mal être, l’alcoolisme, la jeunesse, la révolte, l’amour, le suicide … pour ne citer que quelques exemples. C’est un artiste qu’on pourrait qualifier de virulent.
Pour ne citer que quelques unes de ses musiques, nous vous recommanderons :
- J’accuse : en référence à Emile Zola, c’est une dénonciation du système. « Oh non l’Homme descend pas du singe, il descend plutôt du mouton » annonce le goût de la chanson, contre la société de consommation et le libéralisme actuel. L’anaphore de « il faut » est ironique et exprime le dégoût.
- Putains vous m’aurez plus : une chanson sur le dégoût amoureux post-déception sentimentale. Très poétique, avec les tripes
- J’veux qu’on baise sur ma tombe : une lettre de suicide, âme sensible s’abstenir. Sombre et poétique.
- Mon terroriste : une chanson qui renverse la notion de « terrorisme », comme point de vue et comme sémantique. Comme l’indique le déterminant possessif, il y a redéfinition et Saez aborde en fait le terrorisme d’Etat
- Premier mai : chansonnette des travailleurs, influencés par les chants de résistance, comme tout l’album dont cette chanson fait partie
- Pilule : sur des fâcheuses tendances à nous gaver de toutes sortes de médicaments, très dénonciatrice aussi
- L’attentat : «Tu m’as laissé en bas de chez toi» , texte à la deuxième personne du singulier, très accusateur, malgré un air de bonne chanson, «J’pourraiis bien faire un attentat » est une hypothèse à la première personne à laquelle on peut dont s’identifier, de manière peu habituelle, peu orthodoxe.
- Embrasons-nous : progressive et punch, très rock’n’roll
De nombreuses de ces chansons sont des exhortations à la révolte, au soulèvement, à la satyre, à la dénonciation.
La pochette de l’album « J’accuse » représentant une femme assez dénudée dans un caddie a fait polémique mais dénonce, en fait, la marchandisation de la femme. Le titre « Pilule » commence sur le thème de l’absurdité humaine, sociale et souligne l’effet mouton. On a une première personne du singulier assez générale, donc facilement identifiable. Damien Saez est dans la satyre. Son ton est d’attaque.
« Je me lève et je prends des pilules pour dormir.
Je prends le métro dans la meute je rêve de partir
Dans des pays où il fait chaud à l’autre bout du monde,
Loin de ce boulot qui me tue et qui creuse ma tombe.
Je me lève et je prends des pilules pour dormir.
Les jours se ressemblent et putain que c’est triste à mourir
Quand on a rien pour soi, que le chèque de fin d’mois,
La télé, le canapé et le crédit à payer. »
L’accumulation finale porte ici l’éxaspération du narrateur qui ne rêve que de partir, quitter la foule.
Le thème de l’alcoolisme et de la dépression reviennent fréquemment chez cet artiste : des thèmes sombres et difficiles à aborder. Je me permets de vous déconseiller l’album « Varsovie », trop plombant pour le moral. Je préfère le Saez engagé. Toutefois, on y trouve beaucoup d’émotions très sombres, de la passion, comme une bouteille à la mer finalement.
Dans « Rue d’la soif », il prend le ton d’un hymne à la boisson. C’est aussi un hommage breton dans cette musique, avec des références. L’aveu est ouvert concernant la période d’alcoolisme de l’artiste et de la «fête», ce qui révèle un certain état d’esprit social encore. Dans « Lettre apolitique », on dénote un ton accusateur avec le «vous». Saez s’oppose à l’idée de nation. Il utilise un ton parlé, récite, sur guitare simplement. C’est encore un texte polémique, la dénonciation du système est toujours aussi forte. Le titre est bâti sur une antithèse. La personnification est aussi utilisée dans ce titre.
«Vous avez laissé faire le viol de notre culture, des arts ou des tomates. (zeugma)
Tout ça n’est bon qu’à enrichir l’intermédiaire, puis votre grand maître, l’actionnaire. Vous envoyez des matraques pour lutter contre des manifs d’ouvriers, vous écrivez en anglais sur la tour Eiffel et vous parlez d’identité. Vous ne savez plus ni écrire ni parler la langue de votre pays, vous bafouez l’origine de la France, vous amputez son orthographe, vous ne votez aucune loi en phase avec les modernes que vous nous vendez. Vous laissez ( tantôt caractérisation tantôt dénonciation d’actions) l’impunité de Start-up devenir notre maître. La société vire à la dictature des violences et vous ne votez rien que l’immobilisme toujours plus paralysant de notre société. Vous n’êtes devenus qu’un trésorier qui raquette son peuple, vous êtes juste descendants d’émissions de télés pour atrophier du cerveau. Vous n’êtes plus qu’un compte Twitter, pour vous un présentateur télé vaut plus qu’un éducateur, un tweet est plus important qu’une lettre d’un ancien combattant. Vous êtes la corruption incarnée qui prêche l’impôt pour payer vos femmes et vos enfants, à ta santé Fillon, à ta santé Macron, à ta santé tous les autres »
Il y a ici mise en abîme et spirale infernale. Fréquemment chez cet artiste, la France et pas seulement, devient une pute, une vendue … Damien Saez s’adresse souvent au système lui-même où à la jeunesse chez laquelle il espère enclencher quelques réveils (voir « Jeunesse lève-toi » et « Jeune et con »). Dans notre citation, l’accumulation vise l’universel. Saez sait aussi se radoucir.
Nous l’avons dit, Saez est un artiste engagé voire virulent, clairement polémique avec une poéticité forte, notamment sur le thème de l’amour. C’est aussi un artiste dégoûté, poussé par un vent de révolte. De la révolte au désespoir, du désespoir à la révolte, ou l’éphémère du bonheur sont des thèmes récurrents. La rupture aussi (« Putains vous m’aurez plus », « Quand on perd son amour »).
Il n’hésite pas à se montrer provocateur et a abordé des thèmes tabous, comme celui du suicide auquel il fait un magnifique hommage … En même temps, cet artiste a un réel travail d’imagination littéraire, avec un style épistolaire dans « J’veux qu’on baise sur ma tombe ».
On peut se demander en quoi la musique sert-elle ses messages ?
L’artiste dénonce de nombreux thèmes d’actualité : il considère qu’il a un rôle informatif et social. L’accumulation est souvent synonyme de dégoût. Saez appelle à l’imaginaire collectif pour un rôle fédérateur. La débauche est l’un des autres thèmes fréquents.
Chaque album a son univers musical, on constate une réelle évolution entre les albums (du polémique, au tragique, à la résistance populaire).
Damien Saez tâtonne entre le calme de la poésie et le sarcasme rock’n’roll. Il dénonce l’ultrasécuritarisme, ou l’ultraconformisme, ainsi que le capitalisme en général (« Des p’tits sous, des p’tits sous, toujours des p’tits sous »). Il s’en prend régulièrement à la finance.
On trouve la première personne du pluriel s’opposant à l’individualisme, beaucoup d’ironie. Dans « P’tite pute » issue de l’album « Humanité », Saez fait un hommage à la femme en parlant en fait de la société personnifiée.
On trouve de nombreuses références littéraires, par exemple à Baudelaire …
« Embrasons nous « est un titre moitié pathétique, moitié polémique. On y trouve la dialectique du Collectif et du singulier. C’est une exhortation à l’embrasement, métaphore amoureuse et sociale. Il y a plusieurs parties dans la musique.
On appelle registre littéraire (ou « tonalité », « ton ») l’ensemble des caractéristiques d’un texte qui provoquent des effets particuliers (émotionnels ou intellectuels) sur le lecteur ou le spectateur. Le registre polémique que nous avons abordé consiste à dénoncer des gens, des idées ou des comportements en utilisant des mots et un ton virulent. Il s’agit de se battre en utilisant le langage comme arme. Attention : des mots violents ne sont pas nécessairement grossiers. Méthode : pour expliquer en quoi un texte est polémique, il faut identifier clairement la cible visée dans le texte, les reproches qui sont formulés à son encontre et étudier ce qui fait la violence du texte (vocabulaire, ponctuation…)
Damien Saez effectue un magnifique hommage à Baudelaire dans « Femmes damnées » qui est construit sur une oxymore, ce qui se ressent dans la musique située entre l’amour et la mort.
«Avons-nous donc commis une action étrange ?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: ‘Mon ange!’
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.
Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j’aime à jamais, ma sœur d’élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!
«Qui donc devant l’amour ose parler d’enfer ?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S’éprenant d’un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l’amour mêler l’honnêteté!
Celui qui veut unir dans un accord mystique
L’ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l’on nomme l’amour!
Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d’horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés…
On ne peut ici-bas contenter qu’un seul maître!»
Mais l’enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: — «Je sens s’élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!
Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l’Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu’au sang.
Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m’anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!»
— Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l’enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d’orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.
Jamais un rayon frais n’éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s’enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l’infini que vous portez en vous! »
Charles Baudelaire
Damien Saez est un artiste connu pour ses textes, son engagement mais ses musiques sont aussi souvent si belles, si simples, tantôt douces, tantôt hard. Il a écrit une chanson en 2002 contre la montée du Front national également entre la chansonnette et le rock’n’roll pur et dur.
Il a ouvert un site pour sa musique qui se présente comme un manifeste, sur lequel vous trouverez, par exemple, « Premier mai » qui s’appelle Culture contre culture, soulignant ainsi l’importance de la contre-culture (ou culture « basse »). Il a donc modifié son rapport à la musique et à la production.
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