
Melan est un artiste toulousain, pas très connu, qui pourtant, est une perle du rap de par ses textes intimes et très profonds. Ses lyrics sont d’une grande richesse. Souvent, sombre, il sait aussi faire jaillir le soleil de ses musiques (voire « Dame sol »).
Nous vous conseillerons quelques musiques de Melan, puis nous analyserons sa dernière musique « Qui » construit sur l’anaphore du même mot.
– Dame sol
-Enfin, Qui
Ce morceau est constitué d’une ambiance assez douce, et même si triste, plutôt chaleureuse.
« Je me suis trop chargé des autres
J’ai trop chargé ma voix
Mes problèmes sont les vôtres
J’ai égorgé ma foi
Qui m’rassure pour mes fautes
Qui m’réchauffe quand j’ai froid,
Parait que j’aide les autres mais qui m’aide à moi ?»
Le texte est à la première personne du singulier et prend le ton de l’intime, de la confession. Melan aborde son rapport à autrui à travers la question du « qui » et du « je ». On retrouve aussi une dimension réflective et introspective surgissant avec le passé composé. Les rimes sont embrassées, ce qui crée un effet harmonique. Ce refrain est très poétique. On retrouve un parallélisme de construction entre « chargé ma voix » et « égorgé ma foi » qui associe donc fortement les deux termes (le chant et la croyance). On retrouve ensuite la forme interrogative signalant le doute, la remise en question. Le « parait » renvoie au on-dit. On a bien une impression de rebond, d’impulsion induisant l’espoir et le lyrisme du morceau. Le « mais » renvoie à la solitude de l’artiste. On retrouve une allitération en [f] et en [v] mais aussi l’assonance en [oi] donnant un effet de douceur et d’échos.
« Qui me réchauffe quand j’ai froid, qui peut me rassurer
Qui peut me perdre dans ses bras, qui, qui peut me l’assurer »
On retrouve toujours la forme interrogative et l’anaphore du « qui » donnant toujours cet effet de rebond pour les paroles. Les constructions syntaxiques des phrases sont, par conséquent, très proches, ce qui renforce la poéticité. On retrouve la même assonance que dans le refrain et une grande sensibilité. Melan recherche une forme d’affection comme le soulignent les termes « réchauffer » « bras » « rassurer ».
« J’ai pas confiance en tes draps, pourtant ici-là tu es
Raturé sont mes drames oui, les méta m’ont tuées
Plus je pense à moi, plus j’apprends à pardonner
Je vis des semaines en émoi, j’ai la semelle du cordonnier
Postale n’est pas la boite, bonheur sans coordonnées
Je mélange la peine et la joie moi, je n’ai rien d’ordonné »
La première personne du singulier revient, associé au thème de la « confiance » et au symbole des draps, donc à l’amour charnel. On retrouve un jeu d’opposition entre la première personne du singulier et la deuxième. Tous les mètres sont découpés en deux, ce qui donne un certain rythme doux à la musique. Il y a quelque chose d’harmonieux. Le « oui » donne une dimension très oral au texte, déjà représentée par la forme interrogative du titre. On retrouve une assonance en [é] très poétique bien que classique. Ce titre est très chantant.
Le terme « raturé » peut aussi renvoyer à l’art de l’artiste. On retrouve un parallélisme de construction grâce au « plus je »/ « plus je », ainsi qu’un jeu de mot entre « semaines » et « semelles ». On entend aussi « se mêle » bien sûr. On est toujours sur un ton très doux.
Melan conclue sur sa différence et fait un très beau commentaire méta-littéraire sur sa musique avec la dernière phrase. On trouve un mélange de peine et de joie dans ce titre.
« Je l’ai perdu, je l’ai gagné, je l’ai gardé dans mes vertus
Je l’ai perdu dans le panier, égaré dans l’amertume »
L’anaphore porte cette fois sur « je l’ai » qui donne du rythme et une sensation d’emballement à la musique. On passe cette fois sur une assonance en [u] qui est un peu plus dure. Le rythme est ternaire puis marqué par une césure, en deux hémistiches toujours. L’amertume et la vertu correspondent parfaitement à l’ambiance du morceau.
« Le pouvoir nous écrasons, je me rassois je deviens v’là sombre
Le silence pour seul maçon, je n’entends que le bruit des glaçons »
Après un nouveau refrain, Melan enchaîne sur une superbe double assonance et allitération en « son » dans laquelle il met beaucoup de cœur, de tripe. Il passe à la première personne du pluriel ce qui témoigne de la positivité du collectif. Le terme « écraser » porte en lui beaucoup de détermination. Le « je » redevient tout seul « sombre » et silencieux. La métaphore du silence comme un « maçon » montre qu’il est tout ce qu’il y a de plus constructif. Dans ce silence, l’artiste est dans la tournure restrictive et dans la sensation, l’audition des « glaçons », de quelque chose de très froid, à l’image, par exemple, d’Hugo TSR, mais de suave.
« Au-delà des ondes je m’efface, gars si tu parles à foison
Je suis un homme de valeur classe, si tu t’égares je n’aime pas la façon
De principe et fait le blason, tu m’écoutes comme du poison
Mais un poison qui te sors de cage, en live tu sautilles comme un poisson
Si mes soucis s’amassent, j’attendrai la moisson
Loin de ceux que l’on ramasse, broyés, noyés au fond de la boisson »
La première partie de la première phrase est une subordonnée complément de lieu assez étonnante et poétique. Melan est quelqu’un de discret, qui s’efface, en dehors de son art. Il a un certain Ego dans ce couplet. Le « je » est toujours le jeu dominant mais il y a encore un jeu sur les pronoms avec le « tu » qui intervient et s’oppose au « je ». L’assonance et allitération en [son] se prolonge avec hargne. Le [s] donne une impression de sifflement. La métaphore du poison est sinueuse. On trouve une pointe d’humour ensuite avec « tu sautilles comme un poisson ». Les paroles sont assez sombres avec les termes « soucis » « broyés » et « noyés » ainsi que le motif de l’alcool mais on trouve un verbe au futur qui souligne l’espoir, l’attente de quelque chose de mieux.
Le morceau se finit sur la même interrogation restée sans réponse répétée plusieurs fois et sur un jeu de mot hispanophone entre « il y a qui » et « aqui » renvoyant aux influences ibériques de l’artiste.
« En vrai il y a qui, en vrai il y a qui, en vrai il y a qui
En vrai il y a qui, en vrai il y a qui, en vrai il y a qui
Et oui il y a qui, il y a qui, il y a qui
Aqui o por alla, yeah por alla o por aqui »
Ce morceau est donc assez simple, assez court, moins détaillé que les textes habituels de Melan mais porte en lui beaucoup de poésie, une grande douceur, et un mélange de sentiments comme la joie et la peine. Il m’a tout de suite beaucoup plu d’un point de vue sonore et sémantique. Il renvoie à l’Ego habituel de Melan se voyant comme un artiste solitaire et chargé d’émotions, de profondeur.
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