Analyse : La Voix

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image du clip

On aimerait vous faire découvrir encore une petite perle du web, mystérieuse cette fois, puisqu’il s’agirait d’une musique réalisée par un collectif anonyme et masqué appelé #Cherche pas à savoir qui on est ou #la Voix. L’intégralité du clip est chorégraphié et vocodé. Cet unique titre est rapidement passé à quelques centaines de milliers de vue.

Sur Youtube, on trouve ces quelques paroles introductives :

DANS UN MONDE OÙ L’IMAGE PRÉVAUT SUR LA MUSIQUE OÙ LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ PASSE DEVANT LES MOTS LA VOIX DÉCIDE DE CRÉER SON PROPRE CHEMIN LA VOIX N’A PAS BESOIN D’ÊTRE INCARNÉ CE QUI COMPTE C’EST CE QUI EST DIT PAS CELUI QUI LE DIT LA VOIX EST UN COLLECTIF DONT VOUS FAITES PARTIE LA VOIX EST PARTOUT ET NULPART À LA FOIS MAIS SURTOUT EN CHACUN D’ENTRE NOUS NOUS SOMMES LA VOIX VOUS L’ÊTES AUSSI CHERCHE PAS À SAVOIR QUI ON EST

Un concept original qui n’est pas sans rappeler le rappeur Népal, toujours masqué et anonyme, s’opposant au culte de la personnalité, décédé l’année dernière. On trouve donc un bel hommage à ce rappeur et de nombreuses références à celui-ci dans le morceau (l’idée d’avancer sans y voir, par exemple). La voix n’a pas besoin d’être incarné par un personnage, un rappeur, l’important étant dans les paroles et dans ce qui est dégagé par le morceau.

Le clip est futuriste et moderniste, il se passe sur des quais de métro quelconques, universels, pixellisés. Il y a recherche de quelque chose d’universel dans ce clip et dans les paroles. On voit le protagoniste avancer et on le suit sur certains plans, un peu comme dans « Rien de spécial » de Népal.

Quant aux paroles, elles sont simples mais efficaces et profondes. On commence sur un rappel de l’identité anonyme du collectif et sur une réflexion philosophique et rétrospective :

« Cherche pas à savoir qui on n’est

Apprends d’abord à te connaître

Et si la porte est fermée

Il faut passer par la fenêtre »

Les rimes sont ici embrassées, et on trouve la métaphore de la porte et de la fenêtre pour signifier une liberté que l’on s’octroierait. C’est à la fois classique, philosophique et original. Il y a quelque chose de transgressif dans cette musique de par le style et les paroles. C’est quelqu’un qui est contre la société et ses entraves, en plus de son culte de la personnalité et de sa maudite célébrité.

« Petit pourquoi tu t’fais si mal ?

Tu veux faire taire ton mal être

C’est quand on croit avoir tué le phœnix qu’il se met à renaître »

On enchaîne sur une apostrophe et une question au « petit », sur sa douleur, puis on a un renversement avec le « petit » qui reprendrait le contrôle sur son malheur en cherchant à le faire taire, alors que ce n’est guère la bonne solution.

La métaphore du phœnix est ensuite magnifique et m’a fait penser, les larmes aux yeux, au rappeur Népal encore une fois. Il y a contradiction entre les croyances et la réalité. Le motif de la résurrection est particulièrement intéressant par rapport à la suite.

« Seul dans la nuit noire, tu ne vas rien y voir,

N’aies pas peur d’avancer

Bien sûr que ça fait peur que ça nique le cœur

Mais faut pas y penser »

Il s’agit d’avancer dans le noir, à tâtons, un peu comme Népal lors de son dernier album dans « Sans y voir ». Le mouvement de tête effectué à ce moment-là me rappelle, lui davantage, Django. Il ne semble pas anodin, on aperçoit le bas du visage du rappeur anonyme.

On a des paronomases et des rimes suivies ici. L’artiste prend le ton d’un conseiller, d’un confident, d’un ami. Ses paroles ont encore une fois une portée philosophique. Le fait de « ne pas y penser » est révélateur d’une époque qui doit faire l’autruche. C’est à ce moment-là que l’artiste se met à marcher dans l’obscurité.

« L’Etat et tous les bureaucrates

C’est toujours pour les mêmes

Ca fait l’effet d’une balle dans le crâne

Beng beng beng beng beng beng « 

On a là une critique direct de l’Etat et des bureaucrates qui ne servent que leurs propres intérêts. Le morceau prend une tournure engagée. Leur action est comparée à celle d’une exécution, suivi d’onomatopées prolongeant la rime.

« Viens on fait du concret, on essaye d’avancer

Pour les p’tits sœurs les p’tits frères

D’abord on sauve la terre, le reste on verra après »

On passe à quelque chose de plus positif, de collectif, avec le « on » indéfini qui revient en puissance. On a également une allusion à la fraternité et à la famille élargie. Enfin, on a une réflexion écologique sur la planète avec une claire priorisation de la planète sur le reste. Les rimes sont embrassées. Le texte est simple mais profond, efficace, il rentre facilement en tête et accompagne parfaitement le clip.

« Dans ce monde de cow-boys, nous on est des apaches

Tu peux avoir le steak tout en sauvant la vache »

On trouve le motif de la vache qui se répète deux fois grâce aux cow-boys et au steak. On a encore une critique du système violent, inspiré de l’américanisation culturelle. On a ensuite une allusion au végétarisme sous-tendu par un dilemme entre le « steak » et la « vache », la préservation de la vie ou le plaisir gustatif.

« La voix dans ma tête

La voix dans ma tête »

Raisonnant en remixé comme une véritable petite voix dans nos têtes. L’effet est contagieux. Il y a toujours cet effet futuriste.

« Ce qui compte c’est ce qui est dit

Pas celui qui le dit

Cherche pas à savoir qui on est »

C’est la conclusion. On a le retour de l’affirmation des valeurs du collectif et un effet boucle avec la dernière phrase. C’est un rappel de l’importance de l’anonymat et de la plus grande importance du texte sur le personnage.

La chorégraphie du danseur est assez sobre avec des mouvements de tête et quelques mouvements plus amples. Le masque m’évoque aussi « V pour Vendetta ».

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