
Exercices de style de Raymond Queneau est un ouvrage appartenant au mouvement de l’Oulipo, un mouvement littéraire très formel des années 50. Cette oeuvre est parue en 1947 et raconte quatre vingt dix neuf fois la même histoire, la même scène avec des styles à chaque fois très différents, d’un point de vue littéraire et psychologique. Elle joue avec les points de vue.
Fidèle aux idées du mouvement Oulipo, c’est un exercice de forme, où le contenu, la trame, le portrait des personnages n’a que peu d’importance.
Cette littérature n’est pas pour rien celle de l’après guerre se tournant vers des soucis esthétiques.
On trouve le style « Notations », « Métaphoriquement », « Négativité » emprunte des figures de style citées, ou bien d’autres. Ce sont les titres des chapitres. Le chapitre « Négativité » est tout en négation. Chacun possède ses traits caractéristiques donnant une toute autre allure au même tableau anodin.
Notations
Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou
avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les
gens descendent. Le type en question s’irrite contre un voisin. Il lui reproche de le
bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant.
Comme il voit une place libre, se précipite dessus.
Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare SaintLazare. Il est avec un camarade qui lui dit : « Tu devrais faire mettre un bouton
supplémentaire à ton pardessus. » il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi.
Métaphoriquement
Au centre du jour, jeté dans le tas des sardines voyageuses d’un coléoptère à
grosse carapace blanche, un poulet au grand cou déplumé harangua soudain l’une,
paisible, d’entre elles et son langage se déploya dans les airs, humide d’une
protestation. Puis attiré par un vide, l’oisillon s’y précipita.
Dans un morne désert urbain, je le revis le jour même se faisant moucher
l’arrogance pour un quelconque bouton.
Surprises
Ce que nous étions serrés sur cette plate-forme d’autobus ! Et ce que ce
garçon pouvait avoir l’air bête et ridicule ! Et que fait-il ? Ne le voilà-t-il pas qui se met
à vouloir se quereller avec un bonhomme qui – prétendait-il ! ce damoiseau ! – le
bousculait ! Et ensuite il ne trouve rien de mieux à faire que d’aller vite occuper une
place laissée libre ! Au lieu de la laisser à une dame !
Deux heures après, devinez qui je rencontre devant la gare Saint-Lazare ? Le
même godelureau ! En train de se faire donner des conseils vestimentaires ! Par un
camarade !
À ne pas croire !
Dans le genre exercices de style, c’est donc très réussi et très original !
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