
Ma nuit, mon ami, est douce, est libre, voyageant au gré du livre.
Amante, elle sait pourtant se faire terrifiante, sévère et interdite, pour leurs affaires, devient maudite. J’aime ma nuit sous le reflet de la lune, bien que je sois un être de vie solaire, comme toi, comme nous, mais dis-moi, partout, qui existe, se maintient sans son contraire ?
Ma nuit est inspirée, aspirée, sans limites dans ses limbes…
Ses rêves par foi réels, sons retranchés, cachés, ou naturels…
Tu te vois et t’envoles à travers ses scènes, querelles, en plein air.
Ma nuit a la capacité pleine de terreur, de repousser ses heures, ses responsabilités.
Elle a son faussaire.
J’aime ma nuit dépourvue de toute lutte, inconnue qui démarre et butte contre ces démons difformes et démodés… Ces cons qui ch’marrent.
Ma nuit est un couche-tard, une maudite Cassandre pourtant elle se fait tendre, festive ou bestiale parmi la solitude errante, tantôt démente, elle hait, crie veines.
Savez-vous que la régulation de ses horaires et ses contours n’a d’autres questions, d’autres enfers, qu’endiguer ces magnifiques déferlements de fausses tours ?
Ces créations pleines d’inattention, heureuses, paresseuses, finalement, désespérant.
Ma nuit est héritière du jour, pour faire renaître la lumière :
C’est sa seule dette, sa sale fête,
Son sosie un peu vautour.
J’aime ma nuit car je peux la chérir, la vêtir d’émaux et de vitraux colorés, m’y épancher, me plonger, me pencher, à ma guise, sur son dos, parfois gros maux. J’aime ma nuit chassée ou chaussée de mes plaies. J’en fais mon palais, qui s’allonge et s’éloigne sur le poêle de mes peines, du temps étiré.
Ma nuit est rengaine et rythme, prophétesse de poésie, de secrets.
Elle est mon seul arbitre, à vie, quand l’art me brime. Habile, elle m’épargne ou m’éponge de l’abîme. Cette nuit, cette gueuse, sinueuse, est partagée autour d’un feu faux-laid. Sinistre serre-tête ; certaine et sertie d’un banquet sans thème ou murmurée sur l’oreiller.
C’est comme une épouse assortie ou jalouse, après le coup de blues.
Ma nuit est cycle : voilà qui les inquiète.
Leur quête est un besoin arithmétique, pour les dissocier, les voir défiler. Ces dix sots-ci règlent ainsi leurs soucis.
J’aime ma nuit quand elle s’entête et s’arrête.
Quand elle se lance à la poursuite du temps, pour tant, subir son élan.
La nuit que je décris n’est pas celle qu’ils en ont fait, on s’éloigne de ses envols féeriques,
Aux vues, envois traumatiques.
Voilà que les prédateurs y rappliquent.
Vivre discipliné, pour se lever à la bonne heure, être productif, être travailleur. Mais ma nuit, elle, est créative, pas très hâtive, bien que chétive, elle chasse leurs crasses et mes angoisses. Pourquoi encaisser ?
Pour remplir leurs caisses ? Pour rouler en caisse ? Mais mes mains abusées s’abîment-elles à rouler des baumes de bohèmes ? J’aime ma nuit pacifique, pas si facile, faut pas s’y fier, ses pas si fins, sont explosion de verre, ravis dans un bosquet.
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