Lecture : Olympe de Gouges

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Née Marie Gouze, Olympe de Gouges est une écrivaine française du XVIIIème siècle qui fut très active dans la Révolution française. Elle écrit donc de nombreux textes pour la liberté, l’égalité, la fraternité ou contre l’esclavage. Elle commence par des pièces de théâtre qui deviennent pour elle un lieu politique où exposer ses idées pour instruire le peuple. Elle répond notamment au Mariage de Figaro de Beaumarchais. Elle suit les moindres rebondissements de cette période de démocratisation. Si bien qu’elle finit par écrire la Déclaration universelle des droits de la femme et de la citoyenne en 1789.

Cette déclaration est un des premiers textes qui refuse le patriarcat, l’oppression féminine et qui propose l’égalité entre les deux sexes. Elle le revendique clairement dans les premiers articles de sa déclaration puis propose de reprendre les droits de l’homme mais appliqués aux femmes : droit de propriété, liberté d’expression, liberté d’accès à la tribune.

L’une de ses phrases restée célèbre est : « la femme a le droit de monter sur l’échafaud : elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». Cette phrase est, bien sûr, argumentative, comme l’ensemble du texte et souligne un parallèle logique, intéressant. Si la femme est égale à l’homme dans la sanction, elle doit aussi l’être dans ses talents et fonctions.

Olympe de Gouges conteste le rôle purement domestique des femmes, soulignant ses multiples qualités, de cœur, d’esprit, de beauté ; chose assez rare à l’époque. Elle déplore l’avancée des droits humains mais l’oubli de la femme.

Au début de son texte, elle dresse une apostrophe aux hommes, tandis qu’à la fin de son texte, elle exhorte la femme à se reconnaître et à se libérer. C’est un texte très rhétorique avec notamment de nombreuses questions argumentatives. Ceci est un bel exemple en introduction de l’œuvre :

« Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras du moins pas ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet empire tyrannique. »

Ici, on voit très bien l’opposition marqué entre les hommes, comme sexe oppresseur, et les femmes, comme sexe opprimé. Olympe de Gouges fait appel au droit, à la nature, à la sagesse, au créateur pour tenter de justifier ou de délégitimer cette oppression. Le ton est à l’injonction, ce qui est assez osé, ainsi qu’à l’argumentation.

« Remonte aux animaux, consulte les éléments, jette enfin un coup d’œil sur toutes les modifications de la matière organisée et rends-toi à l’évidence quand je t’en offre les moyens »

L’auteure témoigne ici de ses connaissances de la nature, par élément décomposé et ajouté les uns aux autres et propose à l’homme de le lui transmettre. Le temps est à l’impératif : l’injonction continue. L’homme, quant à lui, contrairement à la nature et au divin est « bizarre, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumière et de sagacité ». Le ton est vindicatif et Olympe de Gouges fait appel aux idéaux de son temps comme contre-argument à la domination masculine. C’est illogique aux égards de ceux-ci. La femme est pourvue de ses propres capacités. C’est le sexe qui a reçu « toutes les facultés intellectuelles ».

Le préambule commence par l’accumulation suivante «  les mères, les sœurs, les filles, représentatives de la Nation » qui place la femme en tant qu’égal de l’homme du point de vue de la citoyenneté. Elle reprend les mêmes termes que dans la déclaration des droits de l’homme. Elle ajoute :

« Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics » face auquel elle fait appel aux « droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme ». On note encore une fois le ton de la revendication et une volonté d’émancipation qui succède aux idéaux du temps et à la libération de l’homme. Elle revendique clairement l’égalité en droits et en pouvoir :

« afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soit plus respectés. »

« En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’être suprême, les Droits suivants de la femme et de la citoyenne. »

Ces droits sont « la liberté, la propriété, la sureté, et surtout la résistance à l’oppression ». Olympe de Gouges propose une définition inédite de la Nation comme « la réunion de la femme et de l’homme » dans l’article III. Elle affirme de nouveau que l’homme opprime son sexe aux détriments des lois de la nature et de la raison (valeurs en vogue à cette période encore). On retrouve plusieurs fois l’expression « tous les citoyens et les citoyennes ». Elle enchaîne sur, d’une part, les devoirs de la femme, puis ses droits incontestables.

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme ». Si elle participe à « toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie ». Une revendication qui paraît logique mais n’est pas si évidente que cela à l’époque. La garantie des droits et la séparation des pouvoirs sont assurés par la majorité des individus qui composent la Nation, donc également, les femmes, ce qui n’est pas le cas jusqu’alors. Olympe de Gouges rappelle ici les bases de la démocratie.

Le postambule est le suivant, voici quelques extraits :

« Femme, réveille-toi : le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses chaînes ».

Olympe de Gouges emploie le même procédé que pour les hommes, mais cette fois, pour adjoindre la femme de se réveiller et à faire appel à ses droits sur un ton toujours vindicatif et impératif, toujours en faisant appel à la nature et aux lumières de son temps qui ont révolutionné les ignorances, la sottise, la liberté. L’homme a eu besoin de la femme dans ce processus d’émancipation. Elle se doit d’avoir les mêmes droits.

« Ô femmes, femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? » déplore-t-elle.

« Réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, nos viles serviteurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir ».

La femme doit se servir de la philosophie, de son énergie et de sa volonté pour renverser la balance et accéder aux mêmes droits divins que l’homme. L’impératif est à la solidarité. La périphrase utilisée pour les hommes a tendance à le dévaloriser pour revaloriser la femme. La tournure restrictive fait appel à l’unique volonté féminine pour la libération. L’auteure déconstruit les clichés qui entourent la femme « une femme n’avait besoin que d’être belle ou aimable », explique-t-elle. Elle utilise la tournure logique « si / alors » ainsi que le discours indirect libre « elle est pauvre et vieille, dit-on ; pourquoi n’a-t-elle pas su faire fortune ? ».Olympe de Gouges se fait donc défenseure de toutes les femmes, y compris les plus pauvres. Elle donne un exemple de discrimination de la femme en dépit de ses capacités : « Si elle n’excelle pas en musique ou en peinture, elle ne peut être admise à aucune fonction publique, quand elle en aurait toutes les capacités ». Elle ajoute de manière tranchée : « Le mariage est le tombeau de la confiance et de l’amour », comparaison visant à condamner le contrat actuel de mariage comme acte mortuaire.

Elle revisite aussi le contrat social de Rousseau par rapport au mariage : c’est la naissance du « couple » ! (« Nous N. et N., mus par notre propre volonté, nous unissons pour le terme de notre vie, et pour la durée de nos penchants mutuels, aux conditions suivantes : nous entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté en nous réservant le droit de les séparer en faveur de nos enfants »). On trouve, dans ce texte, de nombreuses mentions au futur suggérant une dimension prophétique et utopique à ces déclarations, par exemple : « lorsqu’il y aura une loi qui autorisera la femme du pauvre à faire adopter au riche ses enfants, les liens de la société seront plus resserrés, et les mœurs plus épurées (…) elle produira à la fin un ensemble parfait ». Olympe de Gouges œuvre pour le bien commun en suggérant l’égalité des hommes et des femmes dans le mariage. Elle souhaite faire s’élever la femme, casser les préjugés, épurer les mœurs pour que la nature reprenne ses droits en faveur de la gente féminine. Elle fait appel à son expérience personnelle, donne des anecdotes autobiographiques ainsi qu’à la loi (« que font ces juges de paix ? Que font ces commissaires, ces inspecteurs du nouveau régime ? »)

Ses pièces de théâtre traitent aussi de ce thème mais restent peu connues. Olympe de Gouges prend beaucoup de temps à être reconnue à sa juste valeur dans le milieu intellectuel et littéraire. Ce n’est qu’en 1981 qu’un historien, Olivier Blanc, la fait remonter à la surface. Après le décès de son mari, elle décide de vivre seule, par elle-même au lieu de se remarier. C’est alors qu’elle choisit son nom d’écrivaine. Son comportement comme ses écrits se veulent émancipateurs.

Dans « Préface pour les dames », elle déclare

« mes très chères sœurs (…) (on) ne nous accorde que le droit de plaire. Les hommes soutiennent que nous ne sommes propres exactement qu’à conduire un ménage ; et que les femmes qui tendent à l’esprit (…) sont des êtres insupportables. (…) Je trouve qu’il y a quelques fondements dans ces différents systèmes, mais mon sentiment est que les femmes peuvent réunir les avantages de l’esprit, avec les soins du ménage, même avec les vertus de l’âme, et les qualités du cœur ; y joindre la beauté, la douceur de caractère ».

On trouve de nombreuses exclamations dans ce texte, certaines élégiaques, plaintives, comme « hélas ! ». L’exhortation féminine est toujours forte « ah ! Mes très chères sœurs, est-ce là ce que nous nous devons mutuellement ? » Elle affirme l’égalité des classes inférieures et des classes supérieures.

Olympe de Gouges se définissait elle-même ainsi : « La nature a mis dans mon organisation la fierté et le courage d’un brave homme ». Les femmes sont, en partie, responsables de leur condition. Elles doivent la reprendre en mains. Je trouve que ce texte est toujours d’actualité, d’ailleurs, la déclaration des droits de l’homme n’a pas été modifié en fonction de ce texte inédit. Ces textes vaudront à cette femme l’arrestation et l’éxécution sous le régime de la Terreur. Olympe de Gouges sera alors oubliée un long moment dans l’histoire littéraire.

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