Black mirror, saison 7 : entre réalité, anticipation et folie… Avec Samolo

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Black mirror, Saison 7 innove dans un parfait jeu et une parfaite remise en question des frontières entre réalité et fiction. Entre folie et réalisme. Nous allons voir par quelques petites réflexions et analyses comment. Un des thèmes de cette saison touche aux paradoxes scientifiques, ceux qui paraissent a priori impossibles.

Par exemple, dans un épisode, un des personnages peut voyager dans le temps grâce à la physique quantique et, plus précisément, grâce à des ordinateurs quantiques ultra développés, auxquels sont reliés de petits pendentifs. Les voyages dans le temps sont marqués par des paradoxes, comme celui de Shakespeare. Il s’agit de l’idée selon laquelle si quelqu’un voyageait dans le passé et donnait Hamlet à Shakespeare et que celui-ci copiait son soi du futur, cela créerait une sorte de boucle nouvelle. En effet, qui aurait dont écrit ce livre ? Dans une certaine « timeline » … ce ne serait plus Shakespeare le maître d’œuvre. Comme un nouveau « L’oeuf ou la poule ».

!!Attention spoiling !!

Alors, si certains ont peine à croire au réalisme de certains épisodes, on est en droit de se demander si ces questions révèlent de la liberté de la création ou bel et bien de la science fiction ?

Est-ce que le changement du passé est possible par la science ? Est-ce qu’il s’agirait davantage de l’ouverture d’autres dimensions par l’imaginaire ?

Nous voulions parler de folie. Pour cela, n’oublions pas que Black mirror aborde aussi la folie sociale. Pour nous, elle n’est pas du tout exacerbée dans cette saison, c’est à dire que quasiment toutes les situations pourraient être possibles dans un futur vraiment très proche avec l’avancement et l’actualité de la science, mais aussi son accélération exponentielle. Par exemple, quand il s’agit de cloner la conscience, on peut contacter que les recherches actuelles sont très proches de cette idée et avancent à grand pas. La forte dimension dystopique de la série est plus que d’actualité dans l’ambiance sociale et mondiale actuelle et les avancées sur la conscience ou encore la médecine. L’anticipation technologique est fortement documentée et au goût du jour dans cette série.

On peut citer l’idée du robot chien ayant une arme qui apparaît dans les saisons précédentes, alors qu’elle n’existait pas encore et qui a été développé depuis. En outre, la réalité virtuelle dans la dernière saison illustre parfaitement cette idée de flou dans les frontières entre le réel et de l’imaginaire, la simulation. Cet enjeu est crucial à aborder de nos jours. Cette technologie, comme d’autres, peuvent créer une impression de flou permanent en nous plongeant dans la conscience, les souvenirs ou même dans la cultures, les séries avec une imitation parfaite de la réalité. Les simulations sont de plus en plus pertinentes grâce à l’IA, qui, elle-même, petit à petit, a une vraie conscience. Une des questions soulevées est la suivante : est-ce que nous-mêmes, ne sommes-nous pas dans une simulation ? Tout devient possible…

Enfin, on trouve de nombreuses questions existentielles derrière ces enjeux technologiques. BM touche a beaucoup beaucoup de sujets anthropologiques, psychologiques et scientifiques : l’IA et la réalité virtuelle peuvent toucher et interroger tous les sujets et toutes les dimensions humaines. Je pense notamment à un épisode où une femme décède et un homme qui l’a connu doit revenir dans ses souvenirs pour créer un hommage pour la cérémonie funéraire. C’est peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué pour son fort côté dramatique, voire tragique et en même temps, c’est un épisode très beau et très touchant. Cela permet au personnage de découvrir un détail du passé qu’il aurait peut-être été préférable qu’il ne connaisse pas. Il y a donc, en tout cas de fortes remises en question et une passion amoureuse omnipresente qui rend cet épisode assez différents des autres. On peut se poser la question : est-ce que je souhaiterais vivre cette situation ou est- ce que ce serait « remuer la poussière qui se trouve sous le tapis » celle qu’on voudrait oublier ? On peut dire qu’il y a un fort phénomène d’identification avec le personnage. Et également un suspense et un ressort dramatique très fort. Le spectateur recolle petit à petit les morceaux de cette histoire d’amour à la fin funeste, et réveille avec le personnage « la crasse » du passé pour une cérémonie élogieuse au départ. La plupart des souvenirs réveillés sont d’ailleurs trop intimes pour être rendus publiques mais finalement, le spectateur attend avec impatience le moment final où, enfin, un superbe souvenir jailli qui vaut la peine d’être partagé (le visage de la femme aimée faisant une composition musicale).

Mais c’est encore plus complexe : cet épisode aborde l’amnésie et la modification des souvenirs, ainsi que le thème de l’introspection (grâce notamment à la réalité virtuelle et à l’IA). Le personnage se rend compte que son comportement n’a pas été parfait non plus, mais il est dans le déni. On constate donc une forte dimension psychanalytique qui aborde l’intelligence introspective. De plus, la puissance du cerveau (maintenant connue et au coeur de l’actualité scientifique) qui créée une forme d’amnésie et module la mémoire est également un thème central. Rentrons dans quelques épisodes plus en détails.

L’épisode 1 s’intitule « des gens ordinaires » . Il aborde la folie des publicités et l’obligation pécuniaire pour ne pas perdre son emploi, son statut, sa vie, ses privilèges. Il y a quelque chose d’horrible a devoir énoncer des publicités, contre son gré, devant des enfants, comme le fait la femme aimée ramenée à la vie par son conjoint et par la technologie (aux mains d’une entreprise). Cela dénonce le lavage de cerveau fait par les publicitaires et ce, dès le plus jeune âge. On est déjà pleinement dedans.

Il y a aussi l’image d’une folie sociale et entrepreneuriale des abonnements, qui vont jusqu’à conditionner et mettre la main sur les besoins primaires de l’être humain. Il s’agit de la monétisation des technologies médicales. La vie, la santé et une vie normale deviennent dépendants des abonnements vendus par certaines grosses boîtes. Pensons alors à la firme Nestlé qui aimerait privatiser l’oxygène, ou quelque chose comme ça.

L’épisode 2  » bête noire » : l’intrigue aborde certains traumatismes du passé, comme une rumeur et une certaine réputation à l’adolescence pouvant créer une vraie folie de destruction et de domination du monde. C’est également la folie du pouvoir ainsi mise en scène. Et le pouvoir qui se renverse : l’opprimé est-il voué à devenir un oppresseur quand il accède à une certaine puissance ?

Dans cet épisode, le spectateur se demande tout du long, quel point de vue est le plus fou, puisque la narratrice paraît folle tout en dénonçant la bizarrerie de sa nouvelle collègue, qui s’avère avoir de multiples vies et contrôler différentes réalités. On peut penser qu’il y a un côté illogique et tiré par les cheveux dans cet épisode, en partie dû aux paradoxes scientifiques abordés plus haut et au flou permanent entre réalité/ subjectivité/objectivité/ fiction/ et à la création de dimensions parallèles par la quantique qui permettrait de modifier le passé. Je me suis demandée plusieurs fois : qui est la plus folle dans cet épisode? Qu’est-ce qui est vraiment logique et possible là-dedans ?

On découvre assez rapidement que la narratrice n’est pas folle littéralement mais qu’elle a raison et que l’autre joue avec ses nerfs, étant probablement une véritable psychopathe. Le personnage est, en fait, victime et est folle dans le sens uniquement où elle craque et ne gère pas ses émotions (je crois). Dès lors : Qu’est ce que la folie ? La psychopathie ? N’est-elle est pas aussi dans le regard social et dans la subjectivité de la perception de la réalité? La réalité est créée, modulée en partie par les puissants, par le pouvoir (et par la science) finalement. Cet épisode réveille notre esprit critique, cartésien, scientifique…

L’épisode 4 : « de simples jouets ». Le personnage principal passe pour un excentrique, un fou et un meurtrier, un menteur alors que c’est peut-être un personnage très humain et trop scientifique. Il accorde beaucoup d’importance à ses personnages virtuels (dans un jeu) qu’il considère comme pleinement êtres vivants. Cet épisode a un côté thriller, puisqu’il s’agit de l’interrogatoire de cet homme par une psychologue et un enquêteur criminel. Cet interrogatoire est nourri de nombreux flash-backs. Le personnage utilise ensuite ces vies numériques pour détruire le monde car l’humanité est violente.

Un scénario pas tout à fait nouveau quand on regarde les histoires abordant l’IA. Ce n’est pas si fou que cela et le personnage excentrique non plus… C’est un scientifique fou ou un apprenti sorcier que personne ne veut prendre pour crédible. Il en vient à faire quelque chose d’horrible. L’épisode aborde un jeu qui ne serait jamais sorti. On touche donc au gaming, aux inventions oubliées et, toutefois, importantes. Certaines histoires méritent d’être creuser et de se faire connaître. L’immersion du gaming est donc énorme et nous plonge dans certaines réalités permettant même de créer des vies, numériques ou, peut-être pas seulement.

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est que le spectateur doit choisir entre plusieurs interprétations et positionnements possibles.

Le dernier épisode de la saison aborde lui aussi le sujet du gaming et de l’immersion dans les jeux, via la réalité virtuelle. La conscience peut être carrément copier, ce qui devient un enfer et une torture. L’avatar des joueurs se confond avec les joueurs eux-mêmes, en chair et en os. Les personnages sont bloqués dans un jeu et dans une réalité virtuelle. C’est donc également le sujet du clonage (de conscience?) qui se mélange à ces thèmes, notamment celui de la folie du pouvoir, encore une fois. On pourrait dire aussi maîtrise abusive ou abus de pouvoir absurde. Le jeu devient un instrument de tortures, de douleurs et de sensations réelles. La réalité virtuelle devient, elle, très vite une prison numérique.

Cet épisode est la suite d’un autre. Il faut comprendre et pour cela, Black Mirror nous incite à revenir en arrière et s’adresse, en quelques sortes, aux initiés et aux fidèles de la série. A la suite de cette saison, le jeu des « foloïdes  » a vraiment été créé : cela peut faire « buguer » le public et susciter beaucoup de remises en question.

Est-ce qu’une vie numérique est équivalente a une vie réelle ? Pourquoi ? Ou pourquoi pas?

Black mirror met aussi en image la culture web, celle qui fait un peu peur, celle qui cache des vérités sombres… Cette folie numérique très actuelle sur le web est également très présente dans le premier épisode. L’homme est tellement désespéré qu’il se met à faire n’importe quoi en live streaming, pour gagner de l’argent et sauver sa femme. La folie numérique vient de la liberté et de l’anonymat total (ou presque) d’internet. Elle se transforme en violence réelle à son travail. Donc, la série soulève la question de l’impact de la violence sur le web sur notre société et nos liens sociaux mais aussi la question de la réputation et de l’e-reputation, de l’image du personnage réelle et virtuelle.

Toutes ces questions ont pour point commun de porter en elles une certaine bipolarité et ambiguïté. La technologie est à la fois très cool, comme elle peut être un enfer. Elle peut améliorer la réalité comme lui faire perdre pied et tête. Alors, qu’est-ce que la réalité et le réalisme avec toutes ces technologies nous donnant à tous un petit côté schizophrénique?

Matières à penser & Samolo!

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