
Ce titre est ce que l’on appelle communément un art poétique, ce qui est déjà sous entendu dans la forme infinitive, sonnant comme un impératif, mais aussi comme l’annonce d’une définition.
L’auteur va donc décrire ce en quoi consiste pour lui la démarche créative, l’écriture. Il va définir et expliquer son art. Ce texte est très poétique, dynamique et positif. L’air est celui d’une chansonnette avec l’influence du numérique toujours. La chanson commence sur une proposition circonstantielle de temps qui a, en fait, une valeur générale.
«Quand j’raconte l’espoir sous une lampe halogène»
On commence sur le champ lexical de l’histoire puis sur l’idée que l’artiste éclaire d’espoir, apporte du bon, du positif, alors que lui-même n’est que sous un faible éclairage : celui de la lampe halogène, tamisée. L’auteur est lui-même dans l’obscurité.
«J’aimerais qu’mes élans parlent aux jeunes»
Nekfeu exprime sa volonté de ressentir une utilité sociale, plus précisément, il souhaite une identification de la jeunesse à ses épanchements lyriques. Le terme « élans » renvoyant à son art signifie en fait une dimension métallittéraire.
«J’te parle de tout c’qui fait un homme, non pas nos gènes
Non pas c’qu’on t’laisse voir
Mais tout c’qu’on t’cache quand ça nous gêne»
C’est un discours oral, amical, commun, ainsi qu’un plaidoyer pour l’homme pour ce qui le façonne. Il y a rejet de la pure génétique, des apparences ou de l’hypocrisie, de ce que l’on cherche à cacher, de l’image perfectionnée. Nekfeu se pose donc par opposition comme réaliste et sincère.
«Jambes allongées devant nos chaînes»
Il aborde la question de la fainéantise face aux entraves à la liberté. Il y a une syllepse du mot «chaines» désignant à la fois la soumission générale mais aussi la métonymie de la télé.
«Cette impression de perdre son temps,
S’étouffer dans cette vie toute faite
Se sentant faible »
L’infinitif montre une certaine violence et une certaine omniprésence. C’est quelque chose de généralisable. On a aussi le champ lexical de « l’impression ». En fait, Nekfeu parle du mal être d’une jeunesse qui a une certaine forme d’universalité. La vie serait déjà écrite, ce qui rappelle un processus de production, mécanisé, mise dans un moule.
«Se sentant faible en sachant qu’la vie est une fête où personne ne danse»
Nekfeu souligne un paradoxe et grande hypocrisie : on sauve les apparences comme en témoigne la métaphore de la fête et de la danse. Mais, cela reste creux. Personne ne s’amuse réellement. C’est absurde en fait, il y a une perte de sens profonde mais l’on continue de jouer la comédie. Il rapporte ensuite les propos de sa deuxième mère ce qui constitue une allusion autobiographique.
«J’m’intériorise et j’me r’plie, les cris d’une jeunesse meurtrie»
Ce titre est une élégie personnelle, avec un fort lyrisme, et, en fait, celle d’une jeunesse blessée et refermée sur elle-même, par défense. On a une assonnance en « ri/li » qui donne cette impression de blessure. La jeunesse encaisse comme le «je». L’art de Nekfeu doit refléter ceci, il y a une volonté d’universalité.
«Imprégnant mon humeur, j’vois les leaders imposer leur tri»
L’artiste est déprimé car les «chefs», les puissants, les dirigeants sélectionnent ceux qu’ils veulent.
«Quand la street pleure indescriptible est ma tristesse dans les strip-clubs»
On remarque un contraste entre la fête et la « tristesse » / « pleure » ainsi qu’une hyperbole (indescriptible) et un registre pathétique. A ce moment, on a une assonance en « i ». La street désigne en fait ces habitants.
«Y a plus beaucoup d’espoir dans toutes les zones qu’on a exclues»
Le titre aborde aussi le désespoir des marginaux, dus à l’exclusion, la misère, les inégalités. Elles usent.
«Les paysages sont désolés
Pourtant les hommes n’ont pas d’excuses
Seul, j’pourrai pas m’en sortir, si j’y arrive, c’est par ton aide»
Nekfeu fait référence au post-apocalyptique mais aussi utilise une métonymie de la Terre pour expliquer qu’elle se meurt, qu’on l’épuise. Il n’y a aucune raison réelle à cela, aucune justification valable et pardonnable. L’auteur utilise la forme défini, le pluriel et le présent de vérité générale. Il souligne la nécessité du collectif, de s’y mettre ensemble. De l’entraide, la solidarité, l’association…
«On m’a fermé des portes au nez
C’est pardonné, mais j’me suis pas r’tourné
Le système m’insupporte, j’suis un cyborg insubordonné»
Nekfeu se révolte alors qu’il a été rejeté, exclu lui aussi. Il souligne encore une fois les inégalités, avec la suppression de certains droits et opportunités, métaphorisées par les «portes». C’est une métonymie assez courante. « On » désigne la société. Il y a une allitération en « né » et un grand jeu sonore.
L’auteur pardonne mais ne regarde pas en arrière : il ne donne pas d’importance à ceux qui l’ont exclu. Il fonce quand même, trouve ses portes. L’Homme devient automate en général mais l’allusion au « cyborg » est aussi une manière de souligner sa différence. C’est l’Autre moderne.
«Nous on vient d’là, et c’est écrire qui nous a sauvé
Alors maint’nant j’écris pour toi»
L’écriture est prônée comme une aide réelle, un auxiliaire dans la misère, l’exclusion, les moments de peur pour sa vie, de désespoir. On passe du « je » au collectif. C’est une écriture porte-parole. Ce qui a des conséquences, dans le présent : Nekfeu continue de transmettre à l’auditeur ses messages et son goût pour l’écriture, peut-être pour nous sauver nous aussi.
«Écrire, c’est capturer quelques souvenirs uniques
Dans des pochettes immenses
C’est coller ses tympans sur l’enceinte afin d’approcher l’silence
C’est l’insolence du cerveau d’celui qui à l’apogée s’élance
C’est voir défiler sa vie dans l’noir jusqu’à la prochaine séance
C’est capturer quelques souvenirs uniques dans des pochettes immenses»
On a une anaphore de «c’est» avec un infinitif qui montre bien la construction du refrain comme une définition de l’écriture. On a aussi un effet d’emballement et d’accumulation qui témoigne
- du trop plein lié à l’acte de création
- De la richesse, voire de l’infini de cette activité
- Du bonheur engendré, de la satisfaction, du soulagement, du « tout lâcher »
Nekfeu s’amuse sur des sonorités douces et emballantes, lancinantes (« s », « en », « l »). « Coller ses tympans afin d’approcher le silence » : il y a antithèse et paradoxe, donc une grande complexité. Il s’agit d’atteindre le silence comme une musique, un vacarme ultime.
«Nos rêves mystiques défient la science et leurs erreurs d’affiliation
Un chemin plein d’déviations alors on mène des vies à cent à l’heure
Il faut choisir un camp, donc les idées se simplifient»
La science n’est pas toujours en adéquation avec les « rêves mystiques » de chacun. La poéticité est nécessaire et est plus que présente dans le texte, les jeux de mots choisis. Les obstacles mènent la jeunesse à vivre à toute allure. Au niveau des idées, les médias nous poussent à être partiaux et donc à les simplifier. Nekfeu est dénonciateur.
«Et les valeurs humaines se perdent
Au détriment du scientifique
Quand l’homme moderne ne devient plus
Qu’un être immonde qu’on sanctifie»
«J’adopte une vision large»
Nekfeu se pose en observateur, en analyste, en philosophe avec un point de vue ouvert, global : il essaye sans cesse de relativiser (grâce à la hauteur des astres ?). Il dénonce une moralité qui se perd au « détriment du scientifique » et donc un homme qui ne mérite pas qu’on le « sanctifie » (champ lexical du divin).
La forme du texte est assez impressionnante avec des rimes pour la plupart embrassées qui produisent de parfaits jeux de mots et rebonds dans le texte. Les couplets sont davantage monocordes.
Pour Nekfeu, l’écriture peut être salvatrice, libératrice et collective. Il y accorde toute sa sensibilité avant même son flow.
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